
Jean Guichard
devant le phare
de la pointe
Saint-Mathieu
Depuis plus de vingt ans, ce Breton de Paris tire le portrait des phares sur toutes les mers du globe. Celle du phare de la Jument, au large d'Ouessant, l'a rendu célèbre.
Portrait
Son nom est peu connu du grand public. Pourtant, ses photos ont fait le tour du monde. Le phare de la Jument dans la tempête, c'est lui. Sur l'image, une déferlante de plusieurs mètres de haut vient s'écraser sur l'arrière de la tour de pierre, tandis que le gardien est sorti au pied du phare. « Il y a même eu des rumeurs disant que le gardien du phare avait été emporté par la vague juste après que je le prenne en photo », s'amuse Jean Guichard.
Un travail de témoignage
Depuis plus de vingt ans, ce Breton de Paris il est né dans la capitale mais a passé ses vacances chez ses grands-parents à Plumelec, dans le Morbihan sillonne les côtes du globe pour coucher sur papier glacé les phares dans toute leur diversité. Un univers bien éloigné des portraits de politiques ou des conflits qu'il a couverts dans sa carrière de photojournaliste.
Dans les années 80, les phares commencent à s'automatiser. Le temps des gardiens de phare touche à sa fin. « Je voulais prendre en photo ce métier en voie de disparition », explique Jean Guichard. Et par conséquent photographier les phares. Un thème jusque-là délaissé par ses collègues. « Quand j'ai dit que je me lançais là-dedans, on s'est bien foutu de moi ! », explique en riant ce quinquagénaire au parler direct.
Alors, avec un hélicoptère et ses appareils photos argentiques il refuse de travailler avec des numériques , Jean Guichard mitraille ces bâtiments si particuliers.
Son travail aurait pu rester dans l'ombre, n'était cette fameuse journée du 21 décembre 1989. Depuis un mois, Corinne Régnier, son assistante, guette une fenêtre météorologique permettant d'aller prendre en photo le phare de la Jument, situé à quelques milles de l'île d'Ouessant.
Les conditions sont loin d'être réunies ce jeudi matin : vent de force 10, visibilité quasi-nulle. Pourtant, Jean Guichard et son pilote prennent la décision d'aller jusqu'au phare en hélicoptère. « Quand j'ai appuyé sur le déclencheur, j'ai tout de suite su que c'était une bonne photo, se souvient-il. Mais je ne pouvais pas prévoir la folie mondiale qui allait suivre. »
Pendant plusieurs années, cette photo fait partie des plus grosses ventes mondiales dans le domaine. Jean Guichard va poursuivre l'aventure, qu'il partage avec le grand public à travers ses livres illustrés.
Plus de deux décennies qu'il suit l'histoire de ces tours érigées en pleine mer et désormais rendues désuètes par les GPS. Mais l'image romantique du gardien de phare, seul face aux éléments, tend à l'agacer : « C'est très parisien ça. Il ne faut pas oublier que les gardiens préfèrent largement être à terre plutôt que de faire des ronds dans des conditions précaires. »
Entre eux, les gardiens appelaient les phares de haute mer les « enfers ». Ceux situés sur terre étaient appelés les « paradis ». Grâce au talent de Jean Guichard, ces « enfers » perdus dans l'océan n'auront jamais eu l'air aussi beaux.
Thibaud LE FLOCH.
mercredi 19 août 2009
Publié par
Andréas Guyot.
à l'adresse
19.8.09
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