
Surplombant l'océan, Rodney Saint-Eloi peut se pencher sur son écriture insulaire. :
Ouest-France
Le poète haïtien est le premier écrivain en résidence dans le sémaphore de l'île d'Ouessant (Finistère). Il surplombe le Salon du livre insulaire, ouvert hier.
Il a l'imaginaire ancré au fond du coeur et l'immensité de l'océan devant lui. Dans l'ancienne vigie du sémaphore du Créac'h, transformée en salle de travail pour des résidences d'écrivain, Rodney Saint-Eloi a le regard qui brille. Encore un peu étonné de se retrouver là, à Ouessant, seul dans cet « espace réservé à la surveillance, pris entre un monde qui finit et un autre qui commence. » Un rôle de « guetteur », que le poète reprend à son compte.
L'exil et le royaume
Depuis la semaine dernière, l'écrivain a pris ses quartiers dans ce lieu rétrocédé par la Marine au conseil général du Finistère. Depuis de nombreuses années, les organisateurs du Salon du livre insulaire d'Ouessant souhaitaient en faire un lieu privilégié de résidence pour les écrivains. Rodney Saint-Eloi est le premier à transformer ce rêve en réalité durant un mois et demi. Un privilège ? « Une promesse plus qu'un confort », tempère le poète haïtien, exilé à Montréal depuis 2001.
Auteur et éditeur, ancien lauréat du prix poésie au salon d'Ouessant, Rodney Saint-Eloi a l'esprit insulaire chevillé au corps. « Être ici, c'est me rappeler mon insularité. C'est comme si je rentrais chez moi. Il y a comme une sorte de symbiose, mais on ne peut pas tricher. On est ici à l'extrême de soi-même, il faut donc donner le meilleur. » Être partie prenante des éléments, de la nature et de cet espace « dédié à être un pont entre les hommes. »
Dans ce territoire du bout du monde et avec « le regard tourné vers l'Amérique », le poète peut s'adonner sans retenue à son travail d'écriture baignée d'atmosphère insulaire. L'exil, l'appel à l'enfance et aux « puissances cosmiques » font partie de ses thèmes de prédilection. Son projet de création ne dérogera pas à ce souffle. « Je suis parti sur une écriture polyphonique et fragmentaire. C'est un ensemble de voix qui doit prendre corps. »
Après l'agitation des cinq jours du salon du livre qui s'est ouvert hier, Rodney Saint-Eloi se retrouvera vraiment seul dans le sémaphore. Solitaire, mais solidaire de la terre des hommes. Un moment propice à la réflexion sur le « risque de fragmentation du monde. » Dans son exil, le poète a trouvé un autre bout de royaume.
Rémi MORVAN.
jeudi 20 août 2009
Rodney Saint-Éloi, le poète et le sémaphore
Publié par
Andréas Guyot.
à l'adresse
20.8.09
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