
Le commandant raconte un sauvetage périlleux en haute mer
Entretien avec
Jean Bulot,
originaire de l'île d'Arz, ancien commandant des remorqueurs de haute mer L'Abeille-Flandre et de L'Abeille-Languedoc.
Ouest-France: Il y a trente ans, vous étiez commandant de L'Abeille-Languedoc et avez procédé au sauvetage du Tanio, pétrolier chargé de 27 500 tonnes de fuel lourd.
Oui, l'affaire date de mars 1980. Ce fut sans doute le sauvetage le plus difficile et le plus périlleux de ma carrière.
Le Tanio battant pavillon Malgache venait d'Allemagne et faisait route vers l'Italie. Ce 8 mars, vers 5 h du matin et par très gros temps, il fut littéralement brisé en deux au nord de l'île de Batz. La partie avant sombra quelques heures plus tard, engloutissant huit hommes d'équipage, tandis que la partie arrière partait à la dérive sous un vent force 10 avec le reste du personnel.
O-F: Vous avez pu intervenir rapidement ?
Lorsque l'alerte fut donnée, nous croisions près des îles anglo-normandes et nous n'avons pu être sur place que le soir du drame. Entre-temps, la Marine nationale avait récupéré par héliportage les 31 demeurés sur la partie arrière.
O-F: Quelle était l'importance du risque ?
La partie arrière du Tanio contenait encore 10 000 tonnes de fuel lourd. Poussée vers la côte, elle allait droit vers les hauts-fonds au large de Paimpol, où elle n'aurait pas manqué de se fracasser, provoquant une marée noire dont les conséquences auraient été plus désastreuses encore que lors de la catastrophe de L'Amoco-Cadiz.
O-F: Avez-vous pu procéder immédiatement au remorquage ?
L'obscurité et l'état de la mer ne nous permirent pas d'envoyer des hommes en Zodiac. Il fallut parer au plus pressé et, assistés de l'Abeille-Flandre, nous avons passé la nuit à tourner autour de l'épave en l'éclairant pour la signaler aux navires.
O-F: Et pendant ce temps, l'épave du Tanio continuait de dériver ?
Le vent n'a pas molli et la situation devenait de plus en plus critique. Dès le petit matin, en l'absence de l'hélicoptère annoncé par la Marine nationale, j'ai pris le risque d'envoyer par Zodiac Jean-Pierre Le Flohic, mon capitaine second, ainsi qu'un matelot pour tenter de monter à bord de l'épave afin de procéder au passage de remorque. Dans des conditions extrêmement périlleuses, par des creux de sept mètres, ils réussirent à gagner l'épave où ils furent rejoints une demi-heure plus tard par l'équipe héliportée. Nous étions alors à deux milles des roches vers lesquelles l'arrière du Tanio était poussé par un courant de quatre noeuds.
O-F: Vous n'aviez pas de temps à perdre...
Par comble de malchance, l'arrière du pétrolier était dépourvu d'énergie, donc de moyens de levage pour monter le câble de remorque. Il a fallu prendre des risques par une mer en furie et quand nous avons réussi à hâler l'épave, elle n'était plus qu'à un demi-mille des rochers... Ensuite, nous avons dû faire des ronds dans l'eau pendant deux jours avec notre moitié de pétrolier accrochée derrière nous en attendant qu'un port veuille bien nous accueillir. Quand nous joignîmes le port du Havre, quatre jours s'étaient écoulés.
"Capitaine tempête" de Jean Bulot vient de paraître aux éditions de l'Équateur.
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vendredi 26 mars 2010
Le Tanio: 30 ans déjà.....retour sur l'Histoire.
Publié par
Andréas Guyot.
à l'adresse
26.3.10
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