14 Yann. Cliquez sur le titre pour lire la source.
Yann ne me semble pas comme ces touristes que l’on nomme les chinchards qui d’emblée ne remarquent que nos contraste à l’image de nos phares modernes et vieux, blancs et noirs comme nos moutons.
Des couleurs de la bruyère et de nos ajoncs, des arbres plus petits que nos maisons, de belles maisons entourées de friches et de ruines.
Puis, bien longtemps après, lorsqu’ils parlent aux, ou des iliens, c’est pour dire ou penser si fort que l’on n’a pas besoin de les entendre pour comprendre : Mais comment peut-on vivre ici ?
Yann, lui n’a pas vu cela. Il a tout de suite eu envie de partager notre qualité de vie. La première chose qu’il a vue chez nous, c’est l’absence de toute pollution. Pour lui, nos ruines et nos friches ne sont pas synonymes de misère et d’abandon. Il a aussi très bien compris que la modernisation de notre ancienne maison, mon père ait fait agrandir les fenêtres pour que la lumière y entre et que l’habitude qui avait encore cours il y a à peine cinquante ans, à évolué, tout simplement parce que nos maisons peuvent être chauffées grâce à la centrale électrique.
Il a très bien compris aussi que si nos anciens ont pu vivre sur l’île, c’est bien grâce à eux-mêmes et sans vraiment le concours de l’état. Celui-ci n’a fait que prendre nos hommes pour sa marine.
Ce n’est qu’aujourd’hui et depuis assez peu de temps, que le gouvernement nous modernise en nous influant de l’argent pour la réalisation d’équipements collectifs. Que ceux qui n’y voient que de l’assistanat sachent que c’est un juste retour des choses.
Yann me comprend bien, nous nous comprenons bien, lorsqu’il dit lui-même :
« Les îles ne pourront jamais vivre au même rythme que le continent et le dégagement des richesses produites ne peut avoir cours que pour les îles très proches de celui-ci à l’exemple de Batz ou alors être un petit continent à l’image de Belle-Île. Mais pour des petites îles éloignées et d’un accès difficile comme vous, il est impératif qu’il vous aide plus que d’autre.
La solution idéale serait qu’il vous fournisse un outil de production en prenant à sa charge l’apport des matières premières et le dégagement des richesses produites. Car aucune entreprise n’acceptera et ne pourra prendre à sa charge un tel surcoût dans la vente de son produit face à la concurrence. »
J’explique à Béatrice que nous avons eu cette discussion en rentrant de chez ma grand-mère et j’ai été surprise de voir un tel décalage entre ses idées et les nôtres. Je savais aussi que ma grand-mère n’avait pas envie du progrès, mais là elle m’a soufflée, elle n’a en fait, envie de rien, sinon de vivre un peu comme avant.
- Tu sais Muriel, pour nos grands-parents si gentils soient-ils avec nous, ils ne conçoivent pas que nous puissions faire notre avenir ici, pour eux, réussir sa vie, c’est partir sur le continent.
- Parle-moi plus de Yann, comment le trouves-tu ?
- Si pendant le trajet, il m’avait pris la main, je ne lui aurais pas refusé.
- Tu l’aime ?
- Je ne sais pas, mais je me sens bien en accord avec lui, je le trouve sympathique et je crois que je pourrais l’aimer…il me plait bien …j’aime ce qu’il dit, ce qu’il pense.
- Ah, ah, Muriel tu es séduite !
- Oui peut-être bien
- Je le connais ?
- Non je ne crois pas
- Il est beau ?
- Pas vraiment, disons qu’il a du charme.
- Tu me le feras connaître ?
- Je sais qu’en principe il bagne les oiseaux demain avec Yvon dans Arland.
- Je n’ai jamais vu comment cela se pratique, tu y vas Muriel ?
- Si tu viens vient avec moi, je veux bien
La soirée est très avancée, d’autant plus que nous avons lu et parlé de nos livres. Étant imprégnée des oiseaux de Saint John Perse, j’en lis quelques passages à Béatrice. Il est tard, nous fermons la lumière.
dimanche 21 mars 2010
Nouveau chapitre de: Ouessant, mon paradis parfois obscur.
Publié par
Andréas Guyot.
à l'adresse
21.3.10
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2 commentaires:
bonsoir,
Merci pour vos textes, j'ai l'impression de respirer cet air d'Ouessant que je connais si bien
cordialement
merci, cela me fait plaisir. donc je suis sur le bon chemin, en faisant de la sorte.
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