dimanche 28 mars 2010

Paul Watson : l'écopirate se bat pour le thon rouge.

Lors de la conférence
à Biarritz hier soir










Certe ce n'était
pas à Ouessant.
Mais le thon rouge
et partout...! et
Paul Watson, aussi.


BIARRITZ. Le fondateur de l'ONG Sea Shepherd vient d'entamer une campagne en Europe pour sauver le seul poisson à sang chaud. Hier, il a animé un débat au cinéma Le Royal

Paul Watson : l'écopirate se bat pour le thon rouge. Auteur: Olivier Bonnefon.
Dimanche 28 Mars 2010, cliquez sur le titre pour lire la source.

- « Sud Ouest ».

Quels sont les contours de l'offensive que vous menez en faveur de cette espèce ?

Paul Watson. C'est une opération qui a été décidée il y a un an, à la demande du prince Albert de Monaco. On ne savait pas encore que les gouvernements et la commission internationale chargée de sa protection seraient incapables de prendre les mesures qui s'imposent pour mettre fin à la menace qui touche le thon rouge.

C'est le seul poisson à sang chaud et l'un des plus véloces et des plus gros que l'on peut trouver en mer. On peut trouver des exemplaires de 750 kilos.

- Comment expliquez-vous cette menace ?

À cause de la folie des hommes, en particulier pour les sushis, la demande insatiable du marché asiatique pour ce poisson devenu très onéreux. Songez qu'il y a quelques semaines, un seul thon rouge s'est vendu 126 500 ? au Japon !

Plus l'espèce se raréfie, plus les prix s'envolent. C'est la perversité du système. Or la campagne de pêche en Méditerranée, sanctuaire de reproduction de la principale colonie de thon rouge du monde, va débuter. Il faut agir, car on ne donne pas trois ans à l'espèce avant l'effondrement définitif de sa population.

- Dans cette perspective, de quelles armes disposez-vous ?

Depuis des années, j'agis en pirate contre les pirates en les frappant au seul endroit qui les touche, le porte-monnaie : en ruinant leurs campagnes illégales de braconnage, leur matériel, leurs navires. Nous n'avons jamais blessé personne. Et les mafieux qui arment ces bateaux ne nous font pas de procès car Sea Shepherd (NDLR : Berger de la mer) a la loi avec elle. Notre organisation se bat pour faire respecter la réglementation internationale parce que les États en sont incapables. Nous avons heureusement des soutiens de pays comme Monaco, mais aussi de l'Équateur pour les Galapagos. Et l'opinion publique commence à ouvrir les yeux. Nous allons envoyer deux bateaux en Méditerranée et traquer les bracos.

On sait que derrière ces bateaux, il y a de vraies mafias.

- N'avez-vous pas peur d'y laisser votre vie ?

Ma plus grande peur, c'est de voir les océans mourir. Nous avons récemment perdu un bateau. Mais cela ne vaut rien face à la perte d'une espèce comme le thon rouge. Le commandant Cousteau m'avait déjà alerté avant de nous quitter. Il m'avait dit de faire quelque chose. Je ne me bats pas pour les hommes mais pour les baleines, les requins, les dauphins et tous les animaux. Si l'océan meurt, nous mourrons tous. On m'a reproché aux États-Unis d'avoir dit que je préférerais les lombrics aux hommes. Mais l'homme ne peut pas vivre sans lombrics alors qu'a contrario les lombrics peuvent se passer des hommes.

- Pour le thon rouge, avez-vous une solution qui puisse sauver l'espèce et contenter les pêcheurs ?

Dans le temps en Polynésie, les anciens sanctuarisaient pendant un temps défini, une zone pour les poissons. Elle devenait taboue. Et quiconque brisait le tabou était puni de mort.

Sans aller jusque-là, les scientifiques et biologistes marins qui travaillent avec nous préconisent un moratoire total de la pêche au thon en Méditerranée pendant au moins cinquante ans, afin que l'espèce puisse se reconstituer. On me dit que les pêcheurs français, maltais, italiens et grecs ne vont pas accepter. Mais quand il n'y aura plus de thon rouge, tous ces gens seront de toute façon au chômage et la catastrophe sera consommée.