mercredi 2 juin 2010

Connu des Ouessantins: Fin de mission pour le trois-mâts La Boudeuse











Communiqué
de presse,
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Hier, 1er juin 2010 à minuit, il a été officiellement mis fin à la mission TERRE-OCEAN du Grenelle de la Mer effectuée par le trois-mâts d’exploration La Boudeuse, capitaine Patrice Franceschi.

Cette décision intervient au vu de l’épuisement définitif de tout financement public ou privé pour la poursuite de la mission.

A la même heure, La Boudeuse a achevé sa participation à l’armada des grands voiliers traditionnels sud-américains rassemblés dans le port de Caracas au Vénézuela pour commémorer le bicentenaire de l’indépendance des pays d’Amérique latine. Avec l’Ambassadeur de France, l’équipage et son capitaine ont délivré le message d’amitié de la France aux capitaines des navires représentant leurs nations respectives.

Ce matin 2 juin à l’aube, La Boudeuse a quitté Caracas pour un dernier voyage vers les Antilles françaises à deux jours de mer. Le navire y sera mis en vente dès son arrivée afin de permettre le remboursement des dettes contractées pour la réalisation de la première partie de la mission.

LE DERNIER MOT DU CAPITAINE

A nos ami(e)s,

Vous avez pu lire dans l’actualité de ce site le communiqué de presse annonçant la fin de la mission TERRE-OCEAN et la vente de La Boudeuse devenue inéluctable sous la pression de l’endettement et des créanciers. Vous avez droit à quelques explications complémentaires. Les voici:
Malgré la participation des entreprises et institutions dont la liste est présente sur ce site internet, il n’a jamais été possible de réunir la totalité du budget de l’opération, pourtant réduit à son strict minimum: 1M€ par an une fois payés les frais de la préparation du navire et de l’expédition elle-même. En conséquence de quoi, au moment de l’arrivée de La Boudeuse en Amérique du Sud fin décembre 2009, les moyens financiers disponibles étaient déjà épuisés.
A ce moment-là, entre abandonner la mission faute de moyens ou prendre le risque d’un endettement pour la continuer, nous avons opté pour ce dernier choix, espérant que cet ultra-volontarisme doublé de la réussite de la mission sur le terrain forcerait le destin et permettrait de trouver les fonds nécessaires. Après cinq mois d’endettement et en dépit du succès des expéditions en Amazonie française, force est de constater qu’il n’en a rien été malgré des efforts déployés tous azimuts. Sans doute l’époque n’est-elle plus à ce type d’engagement et au rêve désintéressé. La « crise » est aussi passée par là avec ses « restrictions budgétaires » et n’a, certes pas, contribué à dynamiser les esprits.
Quoi qu’il en soit, l’endettement immédiatement exigible avoisine les 400.000 euros et ne permet plus aucune marge de manoeuvre même si nous voulions prendre encore davantage de risques. Vous l’aurez compris, les mathématiques comptables, inexorables et implacables dans leur roide froideur, ont fini par nous rattraper et nous imposer leur joug. Mettre fin à la mission et vendre le navire n’est donc pas, d’une certaine manière, un choix mais une conséquence.
Je laisse à chacun d’entre vous le soin d’interpréter ce qui a été, ce qui est, et ce qui aurait dû être. Comme d’interpréter ce qui aurait pu être en d’autres temps ou d’autres lieux, avec d’autres hommes.
Puisque tout est dit désormais, je tiens à rendre un dernier hommage public aux hommes et femmes de mon équipage. Ils ont été plus d’une cinquantaine à n’avoir jamais démérité, bien au contraire. Malgré les vicissitudes et l’âpreté de notre combat, l’infortune et l’adversité inhérentes à toute aventure véritable, ils ont été à la hauteur de leur mission, et même au dessus, depuis les tempêtes du golfe de Gascogne jusqu’à la boue des marais d’Amazonie, forgeant encore davantage leur caractère dans les épreuves surmontées ensemble. Qu’ils en soient remerciés ici, et assurés en même temps qu’il y a toujours une part de victoire dans la défaite quand celle-ci n’a rien à voir avec la compétence ou la volonté, encore moins avec le courage ou le désintéressement. Si la providence le veut, nous nous retrouverons un jour pour d’autres engagements, d’autres aventures.
Je tiens également à exprimer mes remerciements les plus sincères à la Marine Nationale dont le soutien ne s’est jamais démenti et à la poignée d’hommes et de femmes qui ont accompagné l’existence de La Boudeuse jusqu’au bout. Ils avaient la tête épique et romanesque et se reconnaîtront sans peine.
Ma première préoccupation désormais va être d’une redoutable simplicité: tenter autant que faire se peut de trouver un acheteur qui conservera à La Boudeuse son pavillon français pour que ne se délite pas davantage encore le patrimoine maritime national déjà l’un des plus ténus d’Europe. La Boudeuse était l’un des très rares trois-mâts français encore existant et le seul au monde à naviguer sur toutes les mers du globe pour perpétuer l’esprit des grandes expéditions maritimes du « Siècle des Lumières ». Il exprimait aussi, disons-le, une forme de liberté. Nous aimerions qu’il conserve au moins une part de cette grandeur qui déserte nos sociétés. Sans doute s’agit-il d’un combat d’arrière-garde compte tenu de l’esprit du temps et de ce qui vient de se passer, mais ce combat sera mené.
Après quoi, tout continuera. Car, naturellement, et malgré le paradoxe, rien n’est terminé. J’entends par là que la perte de La Boudeuse, aussi triste soit-elle pour nous et tous ceux qui aiment la mer, ne marque pas une fin mais le début d’autre chose. Nous le lui devons bien.
Alors, même si cet « autre chose » n’existe pas encore, il ne reste plus qu’à affirmer comme dans les romans populaires d’autrefois: « En avant pour de nouvelles aventures… »

Patrice Franceschi,
Capitaine de La Boudeuse, 1er juin 2010

NB:
Si vous souhaitez nous contacter, vous pouvez le faire sur l’adresse navire@la-boudeuse.org.
Nous recevrons vos messages mais ne serons sans doute pas en mesure d’y répondre.
Les connexions par satellites étant limitées, il est préférable d’éviter les pièces jointes de taille trop importante.
http://la-boudeuse.org/

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