mardi 15 juin 2010

Le 1er juin, elles ont touché l'île d'Ouessant :

Fanny (à gauche)
et Mathilde
se sont lancées,
le 21 septembre dernier,
dans un tour
d'Europe à pied.


La semaine dernière,
elles étaient dans
les Côtes-d'Armor,
sous la pluie.!


Photo: David Adémas

On les a rejointes sur la départementale 127, à la sortie de Ploeuc-sur-Lié, dans les Côtes-d'Armor. Mathilde et Fanny ont 15 kg sur le dos et 5 000 km dans les chaussures. Elles sont dans la longue dernière ligne droite d'un tour d'Europe bouclé à la semelle. Dix mois d'odyssée pour deux jeunes femmes parties copines et revenues soeurs.
Il pleut comme vache qui pisse. Les gouttes perlent sur les capuches et la chaussure droite de Fanny Truilhé a presque rendu l'âme. Fanny, c'est la petite, la plus jeune du haut de ses 22 ans. Mathilde Gibelin est son aînée : 24 ans, architecte diplômée. Elles marchent, les deux amies de Nîmes et d'Orange. Voilà neuf mois qu'elles marchent dans le sens contraire des aiguilles d'une montre et à rebrousse poil de nos sociétés motorisées. Et qu'elles dorment dans des campings, la nature, les montagnes, les forêts... Ou chez l'habitant quand elles sont invitées.
Elles arrivent du Conquet (Finistère) à 6 km/h, via Rome, Athènes, Budapest, Vienne, Copenhague, Glasgow. Le 1er juin, elles ont touché l'île d'Ouessant : « On a fait du bateau-stop en Irlande. Des Bretons nous ont pris sur leur voilier. Ils nous ont déposées en baie de Lampaul. » Quand elles ont débarqué, le clocher carillonnait. Elles ont embrassé l'herbe. Et ont poussé la porte de la première boulangerie. Pour satisfaire une envie de neuf mois : « On voulait manger un croissant ». Au port du Stiff, Fanny et Mathilde se sont offert une autre gâterie : des crêpes de blé noir au goût d'ici. Quand on voyage loin, on apprend surtout d'où l'on vient.

Elles sont parties le 26 septembre 2009, les demoiselles. Du haut des 1 910 m du Ventoux, le géant de leur chère Provence, avec une idée un peu foldingue en tête : faire un tour d'Europe à pied. Pourquoi ça ? « Parce que l'Europe ce n'est ni un marché, ni même l'argent que nous avons dans nos porte-monnaie. C'est une idée, une civilisation. Fanny venait de décrocher sa licence d'histoire, moi mon diplôme d'archi. On avait l'âge de faire ça et le temps de le faire », sourit Mathilde. Fanny a une citation en tête : « Il me faut vivre comme je pense sinon, tôt ou tard, je finirais par penser comme j'aurai vécu ».

Sur leurs épaules, 15 kg d'indispensable : une cuillère, une brosse à dents, deux soutiens-gorge, une tente igloo, des bouquins, des gants, une gamelle, un réchaud, des carnets pour tenir leur journal. Et une petite bombe lacrymogène pour éloigner les chiens méchants et les mecs barbants : « Elle est restée au fond du sac ». Fanny et Mathilde nous ramènent une nouvelle rassurante du bout du continent : deux filles peuvent traverser l'Europe sans se faire enquiquiner.

« On ne prend pas un gramme »

Qu'ont-elles appris en route ? Que le scoutisme auquel elles adhèrent depuis l'enfance et où elles se sont connues est une fameuse école de marche et de débrouille. Qu'à raison de 30 km par jour, on mange beaucoup, on dort énormément et « on ne prend pas un gramme ». Que marcher dans la plaine danoise est plus fatigant que de monter les Alpes autrichiennes : « L'ennui épuise davantage que les pentes ». Que chanter à tue-tête, réciter de la poésie à voix haute en mettant un pied devant l'autre donne du souffle. Que passer sept jours sans prendre une douche est une épreuve. Et démêler des cheveux longs une douleur. Que face à l'eau qui tombe du ciel, rien ne vaut une bonne paire de guêtres pour garder les pieds au sec. Que les hivers sont longs à mourir en Allemagne.

Et que les gens ne se rendent pas compte : « Quand ils apprenaient qu'on avait fait 30 km dans la journée, ils trouvaient ça normal. 30 km en auto, c'est 20 mn ».

Dans 40 jours et 800 km, elles arriveront dans l'Aubrac, ligne d'arrivée de leur odyssée. Elles déchausseront. Pour l'heure, au moment de traverser l'Ouest, elles font des yeux comme des billes si on leur dit qu'elles parachèvent un fameux exploit physique : « C'est comme sauter en parachute, il faut se lancer ». Même pas un peu fières, les deux copines ? « Non. Contentes. Nous avons découvert l'Europe. Et un peu de nous-mêmes par la même occasion ».

Sur la route, elles se sont engueulées parfois, mais jamais longtemps. Elles se sont dit tout ce que deux copines savent se dire, ont usé tout leur répertoire de chansons. Et elles se sont tues autant qu'il le fallait sans que ce soit gênant : « Deux meilleures amies sont parties ensemble. Nous revenons comme si on était deux soeurs ».

À l'automne, elles seront colocataires du même appartement à Paris. Elles sont devenues indispensables l'une à l'autre. Sur les 800 km de la diagonale de fou qu'il leur reste à avaler, Fanny et Mathilde vont ruminer une phrase empruntée à un livre de Paul Morand qui leur va comme un gant et bien au teint : « Partir c'est gagner son procès contre l'habitude ». Deux jeunes femmes peu habituelles s'éloignent sur une route mouillée des Côtes-d'Armor.

François SIMON.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

I'm trying to identify a location in Brittany where a photo was taken. Maison de la Bretagne and marie annick cariou couldn't trace the name of the photography agency that did the photo who would have been able to tell me. Perhaps some of you could tell me if I sent the photo to you. It is for the purposes of doing some of my own photography at the same location if the latter was contributory to a good affective tone. The photo was the front cover of the maison de la bretagne publication 'Chlorophyll et Papillons 2007'
dannyalexei@hotmail.com
Reading, uk