mercredi 30 juin 2010

Mer d'Iroise. Le pêcheur devenu naturaliste

Jean-Yves Le Gall
prend sa retraite
aujourd'hui après
avoir veillé
dix-sept ans sur
les îlots de Trielen,
Bannec et Balannec.





Photo V.D.


Pendant dix-sept ans, Jean-Yves Le Gall a été gardien animateur de la réserve naturelle de la mer d'Iroise, trois îlots situés dans l'archipel de Molène. Une sorte de grand écart pour cet habitant de Molène, né sur l'île, qui était auparavant pêcheur et pour qui la tâche n'a pas toujours été facile.

Qui se souvient de levées de boucliers dans les îles contre la naissance encore récente du parc marin d'Iroise, comprendra que la création de la réserve naturelle, en 1992, ait pu être vécue par certains comme un «empiétement», à plus petite échelle. Il fallait alors probablement un peu de doigté. «Jean-Yves Le Gall, ferme sur les principes, souple dans l'application, a su faire accepter la réserve», juge François Cuillandre, le maire de Brest, qui a une maison à Molène. «C'est bien que ce soit quelqu'un du coin, qui a du coeur d'ailleurs, qui ait fait passer le message», estime, pour sa part, Sami Hassani, responsable des mammifères marins à Océanopolis, À une époque, la mer a été prodigue. «On a pêché jusqu'à 142 langoustes dans la journée», se souvient Jean-Yves Le Gall. Puis c'est devenu plus difficile. À la réserve naturelle, le gardien va construire son poste. Au bout d'un an, l'ancien pêcheur se demandait encore: «Qu'est-ce que je fous là?». Et se disait: «Si tu restes, faut que tu ailles en formation». La greffe va prendre.

Royaume préservé

Le territoire de Jean-Yves Le Gall est une sorte d'écrin, préservé et à entretenir. Les îlots de Trielen, Bannec et Balannec appartiennent au conseil général du Finistère qui en a confié la gestion à la SEPNB-Bretagne Vivante. L'accès est réglementé. En été, le paysage est somptueux, en hiver, inhospitalier. En toutes saisons, la mer reste mal pavée pour y arriver. Sur l'eau, il arrive que l'on croise des dauphins ou que l'on aperçoive des phoques. La réserve compte, également, la plus importante colonie en France d'océanites tempête, espèce connue aussi sous le nom de satanique car elle suit les bateaux quand cela va barder. Cordons de galets, lochs, lichens sur les murets, vestiges archéologiques, témoignages de goémoniers plus récents: la découverte à pied est instructive. L'empreinte humaine reste modeste, le dépaysement est grand. Jean-Yves Le Gall se souvient de bons moments, comme d'avoir identifié un bécassin à long bec, un migrateur. «Il est resté deux heures, j'étais fier». Ou d'avoir vu un étourneau roselin en plumage nuptial ou des couples de hérons cendrés, qui nichaient... à terre. Il n'y a d'ailleurs pas vraiment d'arbres sur les îlots. Le pêcheur est-il devenu naturaliste? «Un peu», répond Jean-Yves Le Gall, modeste. Il connaît les îlots et les abords comme sa poche. Mais le marin n'est pas vantard; «Ce qu'il faut, c'est être prévoyant». Sur le bateau de la réserve, il a imaginé des améliorations. Cela n'empêche pas un brin de fantaisie. Du côté de Bannec, il a nommé des rochers «oreilles de lapin», un hôte peu pri
sé en mer.


«Une ligne de conduite»

Durant ces dix-sept ans, Jean-Yves Le Gall n'a pas joué au «shérif». Pas de PV mais une bonne dizaine d'avertissements. «J'ai une ligne de conduite. Si je dois aller quelque part, j'y vais, et un jour ou l'autre, je tombe dessus». Louis Brigand, conservateur de la réserve et professeur à l'université, évoque un homme «loyal et intègre». Jean-Yves Le Gall part aujourd'hui à la retraite. «Ça va me faire drôle de voir passer le bateau devant la maison», se doute le Molénais. À bord, il y aura sa remplaçante, Hélène Mahéo, 29 ans, biologiste et titulaire d'un master en expertise et gestion des littoraux. Autre temps, autre profil. «Cela m'a toujours intéressée de bosser dans les réserves naturelles», prévient la relève qui habitera aussi Molène.
C'est dans le contrat.

Vincent Durupt

Aucun commentaire: