samedi 26 juin 2010

Sémaphore de l'île d'Ouessant: ambiance à la Hitchcock pour artistes invités

"J'ai flippé à mort!". La plasticienne Camille Goujon n'est pas sortie indemne de son séjour sur l'île d'Ouessant (Finistère), au sémaphore du Créac'h réaménagé en résidence d'artistes, dans un décor digne d'un film d'Hitchcock.
Depuis près d'un an, une demi-douzaine de créateurs, écrivain, illustrateur, auteur de BD, peintre ou plasticien, se sont succédé dans ce bâtiment qui domine la mer à la pointe ouest de l'île, non loin du fameux phare du Créac'h, le plus puissant d'Europe.
Sensations fortes assurées.
Dans ce site exceptionnel battu par les vents, Camille Goujon qui n'avait aucune expérience du monde marin, s'est sentie parfois en danger, seule dans cette tour face au violent vent du large. La jeune femme, pourtant habituée aux résidences extrêmes notamment dans le désert, a posé son sac à la vigie entre mars et avril, avec tempêtes et coups de vent.
Délaissé par la Marine nationale qui y surveillait le rail d'Ouessant, le sémaphore a été racheté par le département du Finistère pour devenir un lieu de résidence, à une heure du continent.
Camille Goujon confie avoir été impressionnée par le vacarme de l'océan déchaîné, le hurlement du vent dans les mâts, le long meuglement de la corne de brume les jours de brouillard, les intrusions nocturnes des rayons de lumière du phare voisin.
"J'ai adoré, la solitude, la peur.
Ce séjour m'a fait revivre des peurs enfantines qu'on ne sait pas comment gérer", explique la plasticienne de 33 ans. Fascinée par ce paysage surréaliste et changeant, elle a laissé libre cours à son imagination et à "ses fantasmes", dopés par l'angoisse de certains instants et le délire de la solitude.
Elle a regagné le continent avec quelque 500 dessins, 30 aquarelles et six dessins animés où des vagues en forme de mains bleutées dansent autour des rochers qu'elle compare aux statues géantes de l'île de Pâques.
Le Russe Alexandre Ponomarev, 53 ans, occupe à son tour le sémaphore situé à 3 km du village. "Fantastique, fantastique!". Ce plasticien obsédé par l'océan n'a que ce mot à la bouche depuis son arrivée.
Cet ingénieur naval, ancien officier de marine, s'immerge doucement dans ce paysage minéral du bout du monde qu'il décrit comme "lunaire". Dans un réflexe de marin, il a étalé sur la table de la salle d'observation ses cartes marines en cyrillique qui décrivent le rail d'Ouessant.
L'artiste - connu pour sa performance en 2000 "Maya, l'île perdue" au cours de laquelle il a fait disparaître dans un nuage de fumée l'île de la mer de Barents -, a tout juste griffonné quelques projets.
La pointe de Créac'h baignée du soleil d'été n'a pas encore opéré son sortilège sur ce colosse à la crinière poivre et sel: le baroudeur est ici dans son élément, nullement troublé par les silhouettes inquiétantes des rochers effilés où vient se briser la houle du large.
Unique en Europe, cette résidence perpétuelle est gérée par plusieurs associations dont la ouessantine CALI (Cultures arts et lettres des îles) à l'origine du projet. Les créateurs sont sélectionnés sur dossier pour des résidences de un à quatre mois. Les artistes, avertis des conditions de vie difficiles, consacrent quatre demi-journées aux écoles et au club des anciens de l'île.
Avec ces échanges, les 800 habitants, connus pour leur caractère trempé, peuvent rencontrer ces visiteurs inhabituels.

Aucun commentaire: