lundi 14 juin 2010

18 juin 1940. Le devoir sacré des Sénans.

En juin 1940,
François Hervis
n'avait que 15 ans
mais il était
sur les quais de
l'île de Sein,
prêt à rejoindre
les partisans de
De Gaulle,
Outre-Manche.
Il embarquera en
octobre 1943.





Photo:
Hervé Queillé


14 juin 2010,Cliquez sur le titre pour lire la source.

«À Sein, le devoir de secours, c'est sacré. On se devait d'y aller; c'est tout.» Entre le 19juin 1940 et le 3octobre 1943, 133 habitants de l'île de Sein sont partis rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre. François Hervis était de ceux-là.

On a beaucoup écrit sur Sein et ses marins, figure emblématique de la France Libre. Sans doute trop et parfois n'importe quoi, estime François Hervis, aujourd'hui retiré à Primelin (29). «Il a été dit que le départ des Sénans s'était fait dans la confusion et la précipitation; cela est totalement inexact», affirme-t-il, soulignant le rôle essentiel joué par le maire, Louis Guilcher, et le recteur, Louis Guillerm, «qui s'entendaient à merveille». En tout cas, sur l'île, ce fameux 18juin 1940, personne n'entend le fameux appel. Pour autant, les Sénans ne sont pas coupés du monde: «Par les journaux et la TSF, on suivait l'avancée de l'armée allemande. On voyait aussi de la fumée noire qui venait de Brest, les cuves de fioul ayant été vidées et incendiées. Ça a été la première marée noire sur Sein...»

Débarquement de chasseurs alpins

Le lendemain, surprise: «On a vu arriver sur le ?courrier? de nombreux jeunes civils et des chasseurs alpins. C'était le monde à l'envers. Les bérets, ça a fait sourire sur le coup», confie François. Mais, à l'époque, l'heure n'est pas à la rigolade. L'ArZénith doit poursuivre sa route vers Ouessant. À20h, il lève l'ancre, avec 75 militaires à bord. À la demande du maire, le Velleda, ravitailleur des phares en mer, commandé par Jean-Marie Porsmoguer, l'accompagne avec 32 civils. Le lendemain, seul le Velledaest de retour: «Jean-Marie Menou et ses trois marins de l'Ar Zénith ont mis le cap sur Plymouth avec d'autres bateaux (il ne rentrera à Sein qu'après la guerre, pour apprendre la mort de son fils unique, tombé lors de la libération d'Audierne, en août1944). Jean-Marie Porsmoguer nous explique qu'alors Ouessant est le lieu de rendez-vous de tout ce qui flotte et le point de ralliement de tous ceux qui désirent gagner l'Angleterre».

«On a des bateaux, il faut s'en servir !»

Le samedi22 juin 1940, François et de nombreux îliens, regroupés sur le quai sud, entendent enfin l'appel du Général de Gaulle: «Il y a peu de réactions sur le coup. En rentrant chez moi, près de la cure, je rapporte au recteur ce que je venais d'entendre. En fin d'après-midi, des groupes de jeunes se forment sur les quais. On apprend que des départs isolés ou en nombre ont déjà eu lieu de la côte finistérienne. On a des bateaux, il faut s'en servir dit quelqu'un... Mais un départ de cette nature ne s'improvise pas surtout que les candidats au départ, des classes 40et plus, sont nombreux... Le recteur nous encourage tout en nous demandant un peu de patience».

Une prière avant de partir

Mais les événements se précipitent: le dimanche23juin, l'armistice est signé. «Le recteur et le maire craignent une prochaine arrivée des Allemands. Le lendemain, la gendarmerie d'Audierne demande au maire de recenser les jeunes gens et les hommes valides. «Il n'y a plus à tergiverser. À la suite d'une réunion à la cure, deux bateaux prennent la mer, le soir même à 22h, pour ne pas se faire repérer: le Velleda et le Rouanez ar Mor, de ProsperCuillandre, embarquent 55 jeunes gens et hommes mariés. Une prière, bénédiction des bateaux et c'est parti, sans chants ni grandes phrases mais avec beaucoup de recueillement et de tension». Mais tout le monde n'a pas pu embarquer. FrançoisFouquet, Martin et Joseph Guilcher décident alors de réarmer le Rouanez ar Paeo'ch, le Maris Stella et le Pax Vobis, finalement remplacé par Le Corbeau des Mers, de Pierre Cuillandre, pour cause de panne de moteur. Ils prennent à leur bord plus de 50 nouveaux volontaires, le mercredi26 juin au soir. «Je me souviens avec émotion de ce confiteor récité avec le recteur par les gars, pas tous des assidus de la grand-messe pourtant...», confie François.

Un sujet sur lequel on ne plaisante pas

François, malheureusement, n'a pas pu embarquer(*):«J'avais ma valise mais, vu notre nombre, le recteur a dit stop: priorité aux plus de 16 ans! De mon âge (15 ans), seuls Joseph Porsmoguer et François Guéguen (avec ses frères sur l'ArZénith) ont pu partir. Louis Fouquet, 14 ans, s'est caché dans la cale du bateau de son père! Sitôt les volontaires partis, une vieille îlienne demande en breton:-?Et maintenant monsieur le recteur?? - ?Nous ferons de notre mieux?, répond celui-ci». «Aidé par des bonnes volontés, il fera le maximum, avec de pauvres moyens durant toute l'occupation où on crevait de faim; notamment à l'égard des171enfants qui ne reverront pas leur père avant la fin de la guerre et jamais pour certains». Une solidarité qui fait toute la fierté et l'honneur des Sénans et avec lesquels il ne faut pas plaisanter. Après guerre, une équipe de tournage avait commencé à prendre quelques libertés avec les événements:«Ça a failli tourner à la bagarre. Ils ont dû plier bagages».

* Il partira le 3octobre 1943 avec quatre camarades dans des conditions périlleuses.

Hervé Queillé

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour , je suis Gwladys Colliau petite fille de Joseph Porsmoguer cité plus haut . Je tenais à remercier toutes les personnes qui témoignent pour ne pas oublier. Mon grand père est toujours vivant mais malheureusement il est atteind de la maladie d alzheimer. Je pleure en vous écrivant ce soir car il ne sait plus qui je suis mais se souvient de cette fichu guerre...
Merci à vous d'être là pour raconter pour ne pas oublier.
Cordialement
Gwladys.

Andréas Guyot. a dit…

Je comprends votre émotion, car c'est une terrible maladie, sans aucun espoir de guérison...!

Lorsque j'ai créé ce blog, c'était pour rendre hommage à des gens comme votre grand-père, à l'image de Jean Cuillandre d'Ouessant.

J'en parle dans mon roman qui est là:
http://ouessantparadis.blogspot.com/
Je suis très émus par ses marins et ses hommes d'antan, ils sont des vrai personnages.

Grand Corps Marave a dit…

C'est Seb je te fais un petit coucou. Je sais pas si tu liras mais j'espère que tu vas bien depuis le temps...