mardi 31 août 2010

Mais où est donc passé le bar ?









mardi 31 août 2010
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Le bar, poisson si convoité pour la finesse de sa chair, se fait rare cette année, constatent plaisanciers et professionnels.
Archives Ouest-France/Jean-Michel Niester.

Ce superbe poisson convoité par les plaisanciers comme par les professionnels se fait rare cet été...Pénurie cyclique, mer trop froide, manque de proies ? Chercheurs et pêcheurs s'interrogent.
« D'habitude, je pêche une vingtaine de bars pendant l'été. Cette année, j'en ai sorti un seul », s'étonne un plaisancier de la côte de Granit rose. Dicentarcus labrax, de son nom latin, aurait décidé de ne pas venir se dorer les écailles sur le littoral breton. Jean Kiffer, président de la Fédération nationale des plaisanciers, a les mêmes échos. « Niveau bar, cette année est très moyenne. C'est valable pour toute la Manche. »

Au bout des lignes des professionnels, même son de cloche : ça ne mord pas beaucoup. « C'est une année tristounette, confirme Yannick Hémeury, président du comité local des pêches Lannion-Paimpol. C'est un peu mieux depuis les grandes marées d'août. Mais c'est un peu tard, la saison, qui commence en mai, est bien avancée. »

Moins de bars,plus de homards

Normalement, elle doit battre son plein cet automne, quand le poisson carnassier se rapproche des côtes pour se ravitailler avant de se reproduire. Pour l'association des ligneurs de la pointe de Bretagne (120 professionnels adhérents), cette raréfaction remonte à 2008, « avec des captures en recul de 30 à 50 %. L'année 2009 a été tout aussi mauvaise. Cette saison, il a fallu attendre juin pour voir les premières belles prises ».

Alors pourquoi le bar se fait si rare ? « L'eau est restée très froide, à 16 °, alors qu'elle est généralement à 18 °, avance comme hypothèse Jean Kiffer. Et il existe des cycles. Certaines années sont moins bonnes que d'autres. Il y a généralement une année de ponte exceptionnelle tous les cinq ou dix ans. »

Marquage électronique

Yannick Hémeury est aussi circonspect face à une ressource fluctuante. « Est-ce météorologique, cyclique ? Le bar est-il suffisamment gavé de poissons fourrages pour rester au large ? » À chaque saison sa vérité. « Au printemps, on n'a jamais vu autant de homards. Les quantités étaient de 20 à 30 % supérieures. C'est la nature qui décide. »

Étrangement, les criées des Côtes-d'Armor ne remarquent « pas de baisse significative » : 37 tonnes en juin-juillet 2009 contre 35 tonnes cette année. D'après la Chambre de commerce et d'industrie de Quimper, qui administre les sept criées de Cornouaille, « le bar n'est apparu que fin mai cette année alors qu'il était pêché dès janvier en 2009 ».

Sur Internet, des particuliers crient au loup sur des forums spécialisés. Ils pointent les dizaines de tonnes d'invendus jetés à la poubelle sur tout le littoral de la Manche et dénoncent la surpêche, notamment sur les zones de frayères. Un sujet polémique récurrent.

En juillet, Ifremer a lancé avec le Parc naturel marin d'Iroise une campagne de marquage électronique de bars « pour mieux comprendre les migrations de cette espèce et les échanges entre populations ». On saura peut-être alors si le bar était juste parti en vacances ailleurs cet été...

David DÉSILLE.