lundi 30 août 2010

Sous-marinier sur le Ouessant










30 août 2010
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De la com' aux commandos.
En prenant ses fonctions à la tête de la force maritime des fusiliers marins et commandos à Lorient, l'amiral ChristophePrazuck aura sous ses ordres 2.500 personnes, dont 500 dans les forces spéciales. Photo Philippe Dobrowolska

Le contre-amiral Christophe Prazuck devient aujourd'hui Alfusco. Traduisez: amiral commandant de la force maritime des fusiliers marins et commandos, basée à Lorient. L'homme qui était porte-parole de l'état-major des armées aborde avec appétit ce nouveau défi. Rencontre.

Paris. Juillet2010. Immersion dans le bureau du porte-parole du chef d'état-major des armées. Les infos défilent non-stop sur les écrans. Il aura fallu insister pour rencontrer l'homme qui va succéder à l'amiral MarinGillier. Christophe Prazuck n'aime pas se mettre en vedette. Pourtant, il passe souvent au 20Heures et son lot quotidien, ce sont les micros des radios toujours à chaud. C'est lui qui a été chargé d'expliquer au grand public la libération des otages du Ponant, l'intervention des commandos, la dernière embuscade vécue par les soldats français en Afghanistan. Les bavures parfois. Le plus difficile, dit-il, c'est d'annoncer le décès d'un camarade... Kosovo, Afrique centrale, Somalie, Haïti: pas de répit. À chaque fois, trouver les mots pour le dire...

Premières armes au Sirpa Marine

Christophe Prazuck a fait ses premières armes dans la «com'», en 2000, au Sirpa Marine. Tout de suite dans le bain: il embarque peu de temps après le naufrage de l'Erika. Suivront le Ievoli Sun, le feuilleton des déboires du porte-avions Charles-de-Gaulle. Comprendre, expliquer, pas toujours évident. «C'est dans les moments difficiles qu'il faut redoubler d'explications. Face à l'opinion publique, face aux journalistes, il y aura toujours des détracteurs, toujours des suspicions. Souvent, ce qui est dit est sous-interprété ou surinterprété», souligne l'amiral. Toute la difficulté, c'est de trouver la juste note. À l'état-major des armées, il a vécu les situations de crise en première ligne. Son rôle ne consiste modestement, «qu'à expliquer les décisions des grands patrons». L'armée, on l'entend souvent, c'est «la grande muette». Christophe Prazuck, lui ne l'est pas. Dit-il la vérité? «Je ne mens pas. Je ne dis que ce que je crois être la vérité. Il peut arriver qu'une analyse plus poussée d'un événement montre qu'il ne s'est pas déroulé comme que les rapports initiaux le présentaient. Il y a une contrainte du temps médiatique qui est lourde et dans un tempo différent de celui des opérations», avoue-t-il. En revanche, il ne peut pas tout dire, notamment ce qui pourrait compromettre la sécurité des opérations ou des militaires.

Sous-marinier sur le Ouessant

Tout cela implique de l'endurance. Il l'a apprise en devenant marin. Christophe Prazuck a découvert «l'esprit d'équipe, la camaraderie, la solidarité». Sur l'eau, sous l'eau. Sous-marinier, il a plongé à bord du Ouessant. «C'était l'époque des premiers pistages des sous-marins. Passionnant!», s'exalte l'amiral. Le tout dans un milieu confiné. Quatre-vingts hommes à bord. «C'est une bonne école du caractère et de la maîtrise de soi», assure le nouvel Alfusco. Ce qui lui servira quand il deviendra surfacier. Commandant de la frégate Floréal à La Réunion, il part avec son équipage traquer les braconniers qui pêchent la légine au large des Kerguélen, parfois dans des creux de quinze mètres. De l'endurance. Il va lui en falloir encore en négociant ce nouveau cap. «C'est un honneur de commander la force maritime des fusiliers et commandos à Lorient», des troupes d'exception de plus en plus sollicitées, s'enthousiasme Christophe Prazuck, qui va commander 2.500 personnes, dont 500 dans les forces spéciales.

Un nouveau défi

Christophe Prazuck n'est pas commando. Est-ce un handicap? «Ma mission n'est pas d'être commando mais de tout mettre en oeuvre pour que cette force soit bien entraînée, bien équipée et bien commandée dans ses engagements opérationnels», affirme-t-il. Il est ravi de ce nouveau défi, ravi de travailler avec ces troupes «où il faut certes du physique mais surtout des qualités mentales qui sortent de l'ordinaire». Quelles sont ses priorités? Il ne tient pas à en dire plus. C'est à ses hommes que l?ex-porte-parole de l'état-major des armées tient à réserver ses premiers mots d'Alfusco.

Catherine Magueur