
jeudi 26 août 2010
cliquez sur le titre
pour lire la source.
Sur les rochers de Molène,150 phoques gris se reposent. Ces « cochons de mer », venus des côtes britanniques, colonisent aussi d'autres îles bretonneset anglo-normandes.Un signe de bonne santé, pour la mer.
Parmi les troupeaux de roches qui broutent l'écume, au sud de l'archipel de Molène (Finistère), quelques « écueils » intriguent. Émergeant de la brume, ils présentent trois paires d'yeux ronds et trois belles paires de moustaches. Ventre bleu. On se pince. On se frotte les calots. Cet îlot-là surveille l'approche du canot. La voix de Patrick Le Ménec résonne et nous remet les pieds sur mer : « Deux jeunes, une femelle, tu notes ? » Soigneur animalier au laboratoire des mammifères marins d'Océanopolis, il mène le recensement mensuel des phoques gris de la mer d'Iroise.
Ces pinnipèdes récupèrent, pépères, installés comme des rois au ras de l'onde. Allongés sur des lits de granit à peine tapissés d'algues ou sur de confortables matelas de moules. Les plus proches de l'eau font « la banane » : ils relèvent leurs extrémités, sensibles au refroidissement afin d'économiser leur énergie. Avec l'appui des gardes animateurs du Parc national marin d'Iroise, l'observateur a deux heures pile pour explorer trente-cinq confettis rocheux inhabités, autant de reposoirs à phoques découverts par la basse mer. Ce jour-là, il va dénombrer 72 individus. Une autre équipe en trouvera 20 au nord de Molène. « Un chiffre normal pour la saison. »
À la barre du canot, Sylvain Dromzée, garde animateur, ronchonne. Il faut s'approcher davantage d'un caillou occupé. Et il n'aime pas ça, Sylvain. « On va les mettre à l'eau, là. Les phoques sont toujours installés en bas des rochers, prêts à s'enfuir. S'ils se sont échoués, c'est pour économiser leur énergie. »
« S'ils sont là, c'est qu'il y a à manger »
En effet : les animaux plongent avant d'être à portée convenable d'un objectif photo de 600 mm. Les phoques gris ont été longtemps chassés avant d'être protégés. Ils gardent une mauvaise opinion des hommes. Dans les années 1970, l'avenir d'halichoerus grypus (son nom latin, cochon de mer, en grec) était même sérieusement plombé. « Mais quand ils sont dans l'eau, ils peuvent s'approcher, remarque Patrick. C'est leur paradoxe, ils sont à la fois super craintifs et super curieux. »
Jusqu'à 150 phoques gris sont fichés en photo dans l'archipel de Molène. Un maximum d'animaux sont là l'hiver, beaucoup de mâles ; un minimum l'été, plutôt des jeunes et des femelles. 150 ? C'est « peanuts» au regard de la colonie des côtes britanniques à laquelle ils appartiennent, riche de 90 000 individus.
« La Bretagne, c'est la limite sud de leur aire de répartition, informe Sami Hassani, scientifique à Océanopolis. On trouve aussi un petit groupe aux Sept-Îles (Côtes-d'Armor). Quelques-uns au large de Portsall et, depuis peu, sur les roches de Penmarch, autour de Sein et des Glénan. On constate de nombreux mouvements entre les sites bretons et ceux de la Manche, comme les îles anglo-normandes. Certains traversent vers l'Angleterre. Ça bouge beaucoup ».
Suivis depuis 1988, les effectifs de Molène s'étoffent lentement. Pour Sami Hassani, c'est un signe de la bonne santé de la mer d'Iroise. « La pêche demande aux phoques un effort important. S'ils sont là, c'est qu'il y a à manger. »
Aïe, sujet sensible, le repas des phoques. Les pêcheurs partagent les stocks sans plaisir, parfois avec désagréments : il arrive que des filets soient visités, des appâts de casiers boulottés. Y a-t-il du poisson pour tout le monde ? Les premières études montrent que bar, lieu et lotte ont peu à craindre du cochon de mer, contrairement aux congres et aux vieilles. Océanopolis possède une collection de fèces (crottes) prélevée dans l'archipel. Reste à trouver le budget pour les analyser et connaître l'appétit précis des phoques.
Dernier « caillou » du recensement. Un gros mâle noir se prélasse sous l'azur de l'Iroise que la brume a enfin libéré. L'animal snobe un groupe de grands dauphins qui croise à quelques encablures. Et ignore les voiliers qui font route tout près, devant Le Conquet : ces coques-là ne se risqueront pas chez lui, dans ces brisants de Molène qu'Olivier de Kersauson décrit comme « un accordéon de récifs sur lequel viennent culbuter de forts courants. »
Texte et photos : Thierry CREUX.
jeudi 26 août 2010
Sur les rochers de Molène,150 phoques gris se reposent
Publié par
Andréas Guyot.
à l'adresse
26.8.10
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire