Toutes les mers
du monde servent
de poubelle à
munitions
inutilisées
ici en Adriatique.
Ph: Ezio Amato
Longtemps, les munitions jonchant les sols d'après guerre ou simplement périmées, ont été immergées.La France semble avoir oublié ses sites de dépôts.
Des dizaines de millions de bombes, obus ou mines non-explosés jonchaient les sols d'Europe après les deux guerres mondiales.
Dans l'urgence de la reconstruction, tous les États ont choisi d'en immerger une bonne partie. Ce fut aussi vrai pour les stocks d'armes encore présents dans les poudreries.
Après 1939-1945, l'Angleterre a reconnu avoir deux millions de tonnes de munitions sur les bras.
En Allemagne, les Alliés ont découvert 300 000 tonnes d'armes chimiques, dont ils se sont débarrassés en Baltique et mer du Nord.
En France, aucune évaluation n'existe ! Mais, en 1965 par exemple, 17 000 fûts chargés d'obus à l'ypérite (gaz moutarde) ont été embarqués à Lorient.
Bernard Michaud, intérimaire à l'époque, a participé à leur chargement sur des trains à la poudrerie d'Angoulême, « dans des fûts de 200 litres remplis de béton ». Des protestations ont empêché leur immersion secrète au large de l'île de Groix. Les fûts ont disparu, sans doute dans le golfe de Gascogne.
Où sont les gros dépôts ?
Sous la pression des Conventions de protection de l'Atlantique du Nord-Est ou de la Méditerranée, les États sont sommés de cartographier les sites à risque.
Près de Zeebrugge (Belgique), 35 000 tonnes de munitions, dont un tiers chimiques, rouillent dans trois mètres d'eau, à moins d'un kilomètre d'une plage très touristique.
À Beaufort's Dyke, entre l'Écosse et l'Irlande du Nord, l'Angleterre a noyé plus d'un million de tonnes, chimiques pour un tiers.
En France, des dizaines de sites sont référencés « explosifs immergés » sur tout le littoral, sans détail sur les quantités ni la nature de ces dépôts.
La plupart sont d'ailleurs vides, selon les témoignages des plongeurs démineurs de la Marine. Où sont les gros dépôts ? Où sont les munitions chimiques ? Mystère. « Nous ne sommes pas responsables du suivi », estime la Marine.
La Direction générale de l'armement (ministère de la Défense), qui a longtemps orchestré les immersions avec les bateaux de DCN ou de la Marine, dit ne pas avoir de statistiques.
Depuis Brest ou Cherbourg
Pourtant, depuis Brest ou Cherbourg, jusqu'en 1997, on immergeait encore régulièrement des tonnes d'obus déclassés. Un marin de Brest se souvient avoir ainsi pratiqué au-dessus de la fosse d'Ouessant (150 mètres) : « Un fond dans la coque du bateau s'ouvrait, permettant d'immerger les caisses. Une fois par an, c'était de la routine. »
Pendant trente ans, la Sécurité civile a même pétardé dans la baie de Somme, sous quelques mètres d'eau, les munitions chimiques encore découvertes dans les sols du nord-est de la France. Soit, jusqu'en 1993, vingt tonnes par an, libérant subitement gaz moutarde ou produits neurotoxiques.
Chimiques ou non, les munitions contiennent des métaux lourds -mercure, plomb, cadmium- de l'arsenic et du TNT. Les études internationales (au moins 140) n'ont pas démontré d'impact flagrant sur le milieu.
Le chercheur italien Ezio Amato (programme Redcod pour la Méditerranée) est plus alarmiste : « Les maladies à long terme existent, c'est là et c'est évident. » Chez les congres et les rascasses, il a décelé des indices de stress et des pertes de défense immunitaire.
Chercheurs, Conventions internationales et Union européenne demandent un suivi régulier de l'état de corrosion des munitions. On sait par exemple que, peu soluble, l'ypérite reste très actif pendant 400 ans.
En France, aucune étude détaillée n'a encore été menée. Selon Jean-François Tallec, secrétaire général de la Mer, « c'est un sujet qui est devant nous ».
Sébastien PANOU. Cliquez sur le titre pour lire la source.
lundi 2 août 2010
Un marin de Brest se souvient avoir ainsi pratiqué au-dessus de la fosse d'Ouessant
Publié par
Andréas Guyot.
à l'adresse
2.8.10
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