26 octobre 2010, cliquez sur le titre pour lire la source.
En août 2009, la SARL Le Berre commercialisait ses premières huîtres de l'île de Sein. En pleine crise. Depuis 2008, une surmortalité affecte la production et déstabilise la profession. Yann et Ronan Le Berre doivent faire front pour préserver le fragile équilibre de leur activité.
L'huître de l'île de Sein est un produit charnu sans être gras. Il est long et puissant en bouche, c'est une huître de caractère, iodée. De la tempête en bouche»: Yann Le Berre est fier de sa production. Cette fin d'année encore, on trouvera les huîtres du bout du monde sur le marché, malgré la crise. «Nous aurons une production suffisante, dit Yann Le Berre. Notre objectif est de produire 60 à 70tonnes à l'île de Sein en 2012».
Faire face à la crise
Formé à l'ostréiculture en Normandie, il a le métier dans les mains depuis des années. Avec son frère Ronan, il s'est lancé en 2007 dans son Cap-Sizun natal dans l'ostréiculture, dont il restait quelques traces anciennes sur le Goyen. L'année suivante, une nouvelle crise secouait l'ostréiculture française. «Nous avons eu 60% de mortalité l'an passé sur nos naissains, explique Ronan. Cette année, ce pourcentage est tombé à 30%. Il y aura de la casse chez les ostréiculteurs. Même si les prix augmentent de 50%, un tiers des entreprises risque de disparaître. Cette année, la France devrait produire 90.000 tonnes d'huîtres, l'an prochain 60.000tonnes alors que la moyenne habituelle est de 130.000 tonnes». «Du coup, à Rungis, les grossistes ont déjà commencé à importer de l'huître de Hollande ou d'Australie. Ils veulent habituer les consommateurs pour l'an prochain, où l'offre française se fera rare».
Bras de fer
Actuellement, la saison de l'huître ne semble pas avoir démarré, alors que le premier mois en R (septembre) signale chaque année la ruée des consommateurs. «Il y a un bras de fer entre la grande distribution et les producteurs qui ont augmenté leurs prix, explique Yann. Rien ne bouge. Il faudra sans doute attendre la mi-novembre pour voir les premières grosses opérations commerciales». Sur le port de Poulgoazec, dans le Cap-Sizun, les frères Le Berre font le dos rond face à la crise. «Le premier exercice de la SARL a été positif, mais nous avons toujours besoin de fonds de roulement car nous sommes en période de développement», dit Yann. Du coup, les dirigeants se serrent la ceinture. Ronan ne se verse qu'un demi-salaire.
Une production en partie exportée
La SARL Le Berre pratique le semi-élevage d'huîtres sur le Goyen. C'est-à-dire que des naissains sont achetés en Vendée ou Charente puis élevés pendant quelques mois pour atteindre une taille de deux trois centimètres. Ces petites huîtres alimentent les 3.500m² de parcs installés à Sein. La production de semi-élevage étant plutôt florissante dans le Goyen, elle dépasse les capacités de Sein et est en partie revendue à des ostréiculteurs de Cancale et de Normandie. Quant aux huîtres adultes, on les trouve dans les petites surfaces de Cornouaille. Yann Le Berre a aussi ouvert des marchés à Paris, et surtout en Espagne et Italie. «Pour répondre aux problèmes de surmortalité des naissains, nous avons changé rapidement de méthodes d'élevage. Nous ne chargeons plus les parcs au printemps mais début juillet et il semble que l'huître tient mieux».
Diversifier pour tenir
Les Le Berre ont aussi préféré diversifier leur activité pour assurer l'avenir. Ils se sont lancés dans la commercialisation de la moule de bouchot, de coques, palourdes, bigorneaux et, ce printemps, de crustacés. «Nous avons été étonnés de constater que les petites surfaces locales s'approvisionnaient en araignée en Irlande. En fait, l'essentiel de la production du Cap-Sizun part à Paris et à l'export. Nous travaillons donc avec quelques pêcheurs locaux pour un marché local».
Ronan Larvor


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