lundi 4 octobre 2010

Phares habités. La fin d'une époque

La vie à deux est une chose qui s'apprend. «Il faut savoir faire des concessions...», expliquent Jean-Philippe Rocher et Guy Cajean.
Photos Claude Prigent: 4 octobre 2010, cliquez sur le titre pour lire la source.

Le 29octobre, le phare de l'îleVierge, en face de Plouguerneau, dira définitivement adieu à ses derniers gardiens. La fin d'une époque: celle des phares habités et de ces hommes qui, la nuit, se tiennent éveillés pour que leur lumière pointe jusqu'au petit jour.

Jean-Philippe Rocher et Guy Cajean, deux des quatre derniers gardiens du phare de l'île Vierge, sont des Robinson un peu particuliers. «On n'est qu'à un mille de la côte. Et de la visite, on en a.Surtout en été. Avec les visites organisées par l'écomusée de Plouguerneau».
En ce début d'automne, les sept hectares de roche ont retrouvé leur tranquillité. Jean-Philippe et Guy sont fiers de faire découvrir leur royaume. Et leurs deux palais. Le vieux phare de1843, haut de 33m, où ils résident. Et le grand, le majestueux qui, depuis 1902, balaie tout le Nord-Finistère à 50km à la ronde. «C'est le plus haut d'Europe. Et le plus haut du monde en pierres de taille, précisent Jean-Philippe et Guy qui, avec leur faconde et leur sens de l'humour, pourraient facilement se reconvertir en guides. 397 marches: l'escalier donne le tournis. «Parfois, on oublie le tournevis en bas. C'est rageant», commente Guy. Sur les murs, de l'opaline bleu azur partout. «12.500 carreaux ont été posés. Ça représente une surface de 900m²». Quelques minutes plus tard, le sommet est atteint.
De là, vue imprenable sur la côte des naufrageurs, de l'île d'Ouessant à celle de Batz. «On ne s'en lasse pas, lance Guy qui, depuis trois ans, veille au bon fonctionnement de la lanterne après avoir été aux petits soins pour celles des Pierres Noires, de Penfret, aux Glénan, et du phare d'Eckmühl. On se relaie. On fait des quarts. Chacun son bout de nuit». À ses côtés, Jean-Philippe opine du chef. Lui, c'est bien simple, quand il quitte l'île Vierge, c'est pour en retrouver une autre. «À présent, j'habite Molène. Et bientôt, je pars en vacances en Irlande.C'est comme ça. Je ne peux rien y faire».

La cuisine chacun son tour
Quand les conditions météo sont extrêmes, la vie de gardien de phare n'est pas de tout repos. «Des tempêtes, on en a vécu! Et des violentes», poursuit Guy en montrant les ruines d'un mur de protection dont la maçonnerie a été traînée par des flots furieux sur plus de 50m. Il faut savoir aussi faire abstraction de l'énorme corne de brume qui hurle, nuit et jour, à perte de voix, quand l'horizon est bouché sur la mer d'Iroise.
La vie à deux, pendant les deux semaines que dure la relève, est une chose qui s'apprend. «Il faut savoir faire des concessions et tout se passe bien. On cuisine chacun notre tour, par exemple. Pareil pour la vaisselle. Tous les jeudis, aussi, on fait le grand ménage». La vie a bien changé depuis le développement des nouveaux moyens de communication. «Finie la radio maritime qui était le seul lien avec le continent. Il fallait attendre son tour. Avec les portables, on contacte qui on veut, quand on veut», ajoute Guy.

Envahis par les rats
Difficile, en revanche, de se dérouiller les jambes sur l'île Vierge. Ici, le sol est couvert d'une sorte de tourbe spongieuse, truffée de trous. «Très dangereux pour les chevilles, continue Jean-Philippe. Moi, j'ai investi dans un vélo d'appartement». «Même pas foutu d'aller chercher des croissants à Plouguerneau avec son truc», plaisante Guy. Au pied du phare, on trouve une mare d'eau saumâtre fréquentée par des canards. Les seuls animaux sauvages à fréquenter l'île. «Il y a quelques années, on a été envahi par les rats. Ils venaient de l'îlot juste à côté. Il a fallu qu'une société spécialisée intervienne. Les rongeurs avaient commencé à s'attaquer à la porte».
À la fin du mois, finies les anecdotes racontées dans la cuisine du phare. Finie la bonne odeur du café chaud. Et de Plouguerneau, on n'apercevra plus la faible lueur de la maison des gardiens.
Seul le grand phare continuera à briller. La tête dans le vent.

Didier Déniel

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je me permets de vous contacter après lecture de cet article très intéressant.
J'organise un voyage l'été prochain, un voyage personnel et culturel en partenariat avec l'association Zellidja que j'ai intitulé "Sur la route des phares". J'ai contacté la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises afin qu'elle me mette en contact avec d'anciens gardiens de phare car elle est en relation avec certains d'entre eux, j'attends leur réponse. Je voudrais savoir, étant un passionné de l'Ile d'Ouessant, si vous connaissez un plus personnellement Guy Cajean et Jean-Philippe Rocher. J'aimerais arriver à les contacter mais je ne sais pas du tout comment, si vous pouviez m'aider, je vous en serais très reconnaissante.

Bien cordialement,

Virginie Maret
(étudiante à l'université Jean Moulin, Lyon3)

Andréas Guyot. a dit…

Bonjour, je suis désolé je ne les connait pas..!

Anonyme a dit…

Merci quand même de m'avoir répondu.
J'ai joint la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises. J'aurai peut-être plus de chance de ce côté là.

Cordialement

Virginie Maret