mardi 8 mars 2011

Un polluant issu des anciennes peintures antifouling à l’étain des navires dans le petit port d’Ouessant a suffi pour déclasser une grande partie de la mer d’Iroise.

Jean-Marc Héliès est l’un des professionnels du ramassage des algues de rives sur la côte nord du Finistère.
Agriculture, mardi 08 mars 2011, cliquez sur le titre pour lire la source.
Algues de rives : un label bio difficile à cueillir

C’est le dernier casse-tête breton : obtenir un label bio pour les algues cueillies à la main ou coupées à la faucille. Ces algues de rives sont utilisées dans les cosmétiques, la thalassothérapie ou l’alimentation. Commercialement, elles sont associées au bien-être en général. Un secteur où la demande se porte facilement vers les produits bio.

Des algues d’Espagne, d’Islande et d’Argentine arrivent déjà sur le marché avec le label bio. Les Français voudraient s’y mettre. Dans le Finistère et les Côtes-d’Armor, où pousse le plus grand champ d’algues d’Europe (850 espèces), une trentaine de petites entreprises et laboratoires, comptent, selon Ifremer, environ 50 cueilleurs à l’année et 500 saisonniers. Tous professionnels déclarés. Depuis 2009, cette activité traditionnelle, où se côtoyaient retraités, adolescents en quête d’argent de poche et petites entreprises, est réglementée.

Une partie de la mer d’Iroise
L’Europe prévoit la labellisation bio depuis juillet 2010. Elle suppose le bon état écologique des eaux, leur bon état chimique et une qualité bactériologique équivalente à celle des zones conchylicoles. Soit autant d’analyses chimiques régulières et de tests sur des coquillages, qui concentrent les polluants. La procédure peut durer des années. Or, il suffit d’une analyse négative pour déclasser une vaste zone.

À terre, un champ bio peut être non loin d’un champ conventionnel. Dans une mer brassée par les courants, comment faire ? Trop de TBT (un polluant issu des anciennes peintures antifouling à l’étain des navires) dans le petit port d’Ouessant a suffi pour déclasser une grande partie de la mer d’Iroise, à la pointe du Finistère ! Idem avec les marées vertes, qui stagnent sur les plages, mais déclassent aussi tous les secteurs dans lesquels elles sont présentes, jusqu’à plusieurs kilomètres au large.

Mystère du zonage
Résultat, aucun organisme de certification ne peut s’engager. Il faut revoir le maillage des zones, aujourd’hui défini par l’Agence de l’eau, puis la méthode des analyses. Les professionnels ne doutent pas un instant de la qualité du milieu : « Nous avons des tempêtes, des marées importantes, un fort brassage », explique Christine Bodeau, présidente de la Chambre syndicale des algues. « Nous travaillons avec des produits naturels. À partir d’un ou deux prélèvements en fond de crique, qui peut dire que toute une zone est contaminée ? Il y a trop d’extrapolation. Notre petite filière a une très bonne image de marque. Mais c’est aussi notre devoir d’apporter des garanties. Si on n’est pas capable de justifier de notre environnement, où va-t-on ? »

Aujourd’hui, la profession met en place un zonage par des carrées de 500 mètres de côté, qui pourront ensuite être notés. Par qui ? Mystère. Chaque analyse chimique coûte environ 300 €. « Il n’y a pas de chef, personne ne décide », regrette Christine Bodeau, qui en appelle à l’État et aux organismes scientifiques pour parler d’une voix commune. Certes, les algues de rive ne sont qu’une activité de niche, mais très emblématique de la Bretagne.

Sébastien PANOU.