mercredi 13 avril 2011

A Molène, les acteurs ne jouent pas les seigneurs.

Hier, les comédiens tournaient déjà la scène de l'arrivée de l'équipe de foot menée par José Garcia, Gad Elmaleh (ciré jaune), Omar Syet Ramzy (avec le cigare). Franck Dubosc, lui, n'est pas là. Autour, les habitants de l'île jouent les figurants. / Jérôme Fouquet

Molène, au large de Brest. Le dernier endroit où passer des vacances : plus une chambre de libre... La petite île (150 habitants)a été choisie par le réalisateur Olivier Dahan (La Môme) pour tourner son nouveau film, Les Seigneurs. Des stars ont débarqué, les îliens ont été enrôlés comme figurants. Depuis que le tournage a démarré, lundi, ce grain de beauté posé sur la mer d'Iroise frétille de joie.

Depuis lundi, ça tourne à Molène. Ça tourne rondement, et dans la joie, autour du vieux port. « C'est simple, toute la population est là ! », explique gentiment Marie-Josée Roger, une retraitée molénaise aux visiteurs du mardi, en gardant un oeil sur ses jumelles.

Qu'est-ce qu'elle regarde, comme ça, pour la cinquième ou sixième fois depuis ce matin ? L'acteur José Garcia, qui saute de la navette André Colin, sur le quai d'en face, pour une énième prise. « Derrière, c'est Gad Elmaleh en ciré jaune et en perruque rousse. Mon Dieu ! (Elle rit) : C'est vraiment du cinéma ! »... Il est suivi d'Omar Sy et... mais... qui c'est, ce grand qui fume le cigare comme Fidel Castro ? Joey Starr ? Mise au point faite, Marie-Josée glisse à sa copine Georgette : « Ah non, c'est Ramzy... »

Ces comédiens sont Les Seigneurs du prochain film d'Olivier Dahan. Une comédie sur le football amateur. Elle met en scène une ex-gloire du ballon (interprétée par José Garcia) qui accepte le challenge de transformer une petite équipe locale, constituée pour moitié de marins pêcheurs, en équipe de pros. Une façon pour le maire (Jean-Pierre Marielle), de sauver de la faillite la conserverie de l'île. Le coach fait appel à ses anciens coéquipiers pour y parvenir...

Hors caméras, les seigneurs de Dahan ne se la jouent pas seigneurs... Tout le monde ici loue leur gentillesse et leur disponibilité. À midi, ils lézardent au soleil sur la terrasse de la cantine des comédiens, aménagée dans la salle communale polyvalente. « On est bien à Molène mon frère ! », glisse Ramzi, cigare au bec, à Joey Starr qui râle un peu. Pour la forme ? Dans la ruelle, les insulaires saluent en passant, viennent parfois dire quelques mots, demander une photo. Sans insister, s'incruster. « On a le temps de causer... On ne leur saute pas dessus. » Le tournage doit durer deux semaines.

« Ces gens sont tous adorables », résume José Garcia, au nom des autres, en bon coach qu'il semble être aussi dans la vraie vie. Avec leur aîné Jean-Pierre Marielle, bombardé par les îliens « Breton d'honneur depuis son inoubliable prestation dans Les Galettes de Pont-Aven », ils ont tous débarqué ce week-end de la navette régulière, trouvé leurs marques dans l'un des deux hôtels de l'île ou chez l'habitant. Autour d'eux, une équipe d'une centaine de personnes, comédiens, techniciens, décorateurs...

La mairie déborde
« Je n'imaginais pas que pour faire un film, il fallait tant de gens et de... choses... Je ne sais même plus combien de containers ils ont ramené de Brest », avoue Jean-François Rocher, le premier édile, dont la mairie déborde. « La logistique a investi la salle du conseil », tandis que ses administrés jouent les figurants. Tous ont en commun d'être nés ou d'avoir des attaches fortes à Molène.

Comme Erell Pelé, marin-pêcheure de son état. La trentenaire a « laissé chéri et enfants sur le continent, à Lampaul, pour s'amuser quelques jours » sur l'île de son enfance, où elle est hébergée par une copine. Les Masson père et fils font de la figuration. Norbert Podeur, retraité, a suivi son épouse, aide-ménagère en congés pour l'occasion. « Que voulez-vous, elle est amoureuse de Jean-Pierre Marielle ! »

Pas la seule, dirait-on, en voyant Josiane Mignot, « Morlaisienne de 71 ans », foncer dans les bras du moustachu au rire tonitruant pour une photo souvenir. Pas sûr qu'elle ne remette pas ça demain, dans son costume de bigoudène. Eh oui, une bigoudène de Pont-Labbé à Molène ! Interpellé sur cette coiffe incongrue ici, Dine, le costumier, assume en riant : « On est dans la comédie... »

« Un tournage, dans un endroit comme le nôtre, ça crée du moral, du lien, ça permet à des gens de vivre... Nous sommes tous des cousins de la mer d'Iroise, résume Erwan Masson. Le patron du restaurant-bar-hôtel Kastell An Daol, vice-président du fan club Bretagne de Johnny, se fait aussi lyrique pour parler des comédiens. Gad, Garcia, Ramzy sont comme des fleurs qui ont poussé sur l'île. Ils nous ont ouvert leur coeur, leurs yeux brillent comme des phares et balises ! »

« On a d'abord connu Molène dans la peine », confie Alain Longaretti, de l'équipe déco endeuillée le mois dernier par la mort de son chef, Olivier Raoux, victime d'une crise cardiaque au premier jour sur l'île.

Hier soir, le dernier bateau reparti pour Brest, c'est dans le souvenir de ce décorateur oscarisé à Hollywood, mais aussi dans la joie, que l'équipe du film se retrouvait « en tête à tête » avec les îliens. Pour fêter les 79 ans de Jean-Pierre Marielle...

Pascale VERGEREAU. Ouest-France, cliquez sur le titre pour lire la source.