C'est aussi un copain à Louis Cozan.
Loïc Josse, au coeur de sa droguerie, à Saint-Malo, sorte de caverne d'Ali Baba pour marins et amateurs d'articles en tout genre: David Adémas
Avis à tous ceux qui prendront la Route du Rock, ce week-end, à Saint-Malo : poussez jusqu'à la Droguerie de marine, un commerce à la fois désuet et moderne, à quelques encablures des remparts. Loïc Josse y ouvre des cales odorantes, débordantes de produits aux noms étranges et aux vertus ancestrales.
« Ne cherchez pas d'autre droguiste de marine, je suis le seul ! », fanfaronne d'entrée de jeu Loïc Josse. Installé depuis 1992 entre les ports de pêche et de plaisance de Saint-Malo, le quinquagénaire a choisi sa vie et il en est plutôt fier. Né dans ce quartier de Saint-Servan où il tient commerce aujourd'hui, il est monté étudier à Paris. « Pour faire plaisir à ma famille, j'ai fait Sciences-Po, mais j'ai vite retrouvé le droit chemin et me voilà maintenant boutiquier. »
Toujours pince-sans-rire, Loïc Josse vend des produits à sa mesure. L'huile de pied de boeuf côtoie les bouteilles de popote et autre « couillon », sorte de petit bouton qui attache une voile. « Le vocabulaire utilisé en droguerie, comme en marine, m'a toujours fait rigoler. » C'est d'ailleurs parce qu'il ne trouvait pas ça sérieux qu'il a racheté ce commerce. « J'habitais au-dessus. Quand le propriétaire m'a proposé de prendre sa suite, j'ai trouvé ça tellement absurde que j'ai dit oui ! »
Au fil des années, la boutique de quartier est devenue une référence pour une clientèle éclectique où se croisent vieux loups de mer et Parisiennes branchées. Les premiers font confiance à cet avitailleur fournisseur d'équipement marin. Ils vont directement au fond du magasin, savent que les cordages en coton, lin et chanvre sont lovés sous l'escalier. Les femmes soucieuses de leur bien-être se retrouvent plutôt devant les savons d'Alep et les huiles essentielles.
« Tout ce qui est rétro est devenu tendance, depuis une dizaine d'années », ajoute Loïc Josse. L'homme, qui a longtemps fait des études ethnologiques, s'amuse à décrypter le comportement des consommateurs. Voire à les anticiper. « Le papier d'Arménie (désodorisant à brûler), le savon noir, ça marche du feu de dieu ». Telles les cales d'un navire fraîchement débarqué au port, le magasin offre aux regards des curieux une ribambelle d'articles et donne à chacun l'impression qu'il va mettre la main sur un trésor que les autres n'ont pas vu.
Pendant qu'une petite dame farfouille dans des paniers aux odeurs entêtantes, un jeune homme examine, perplexe, une mini-balayette aux lignes épurées. « Il est temps de dépoussiérer votre ordinateur », lui révèle le droguiste, en un clin d'oeil. C'est là tout le charme de la boutique. En décalant la tête de quelques centimètres, on franchit les époques à la vitesse de la lumière
« Seuls les plus hardis osaient monter »
À côté du pot de vernis Le Tonkinois, avec son effigie désuète de l'époque coloniale, trône une nouvelle gamme de nettoyants bio. Au-dessus des rayonnages, Loïc Josse s'est amusé à aligner toutes les fioles et boîtes des anciens propriétaires. En l'air, un balai Bissell en bois a l'odeur d'une madeleine de Proust pour plusieurs générations.
Une ambiance, un esprit savamment orchestrés pour que le client ne passe pas en coup de vent, comme dans une supérette. Ici, on baguenaude, on renifle, on palpe. « Et on lit », rappelle le droguiste, accro de littérature. Depuis le départ, le Malouin glisse des livres entre les plumeaux et les brosses. Histoire d'être moins terre à terre. Embarqué par son envie de rencontrer des écrivains et sous le charme du festival Étonnants Voyageurs qui se tient chaque printemps dans la cité corsaire, il transforme son appartement au-dessus de la droguerie en librairie. « Seuls les plus hardis osaient monter par un minuscule escalier ! »
Depuis 2007, Loïc Josse a réuni les deux niveaux par un grand escalier qu'empruntent systématiquement les visiteurs. « Certains croient qu'ils vont trouver d'autres produits d'entretien... Ce n'est pas tout à fait faux », commente en riant celui qui a gagné ses galons de libraire. Il y a en effet de quoi entretenir sa culture générale sur l'histoire maritime ou son envie de partir aux côtés de romanciers globe-trotters.
Bien en évidence, au milieu des ouvrages disposés sur une grande table, le curieux ne manquera pas le Petit Abécédaire d'un droguiste de marine, signé... Loïc Josse. « Oui, je sais. Je vais gagner de l'argent en faisant ma propre pub, c'est lamentable ! », prévient-il dans un pied-de-nez à tous ceux qui voudraient l'attaquer. Faut dire qu'il en connaît un rayon, et depuis le temps qu'il faisait marrer ses clients avec ses mots tarabiscotés, lancés à la volée...
« C'est vrai que, quand je propose un 'goret' à quelqu'un qui cherche un balai, il me regarde toujours bizarrement. » La définition du goret est l'un des 136 mots répertoriés comme autant de trésors oubliés et commentés avec truculence par l'auteur. D'Ambre gris à la résine Zopissa, on passe par le mot Insulte : « Ma préférée, c'est 'écrevisse des remparts' », lâche-t-il. Voilà qui campe le bonhomme.
Karin SOULARD.Photo : David ADEMAS. cliquez sur le titre pour lire la source.


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