Ouessant, l'île du bout du monde, fascine toujours ses visiteurs.
Nos îles en été. C'est le bout du bout du monde, l'île sentinelle aux cinq phares, l'île des femmes, l'île des tempêtes. Même en une journée, elle vaut vraiment une visite.
D'accord, c'est une hérésie ! Une journée à Ouessant, ce n'est pas assez. Mais pressé par le temps ou pour cause de budget serré, on n'a parfois qu'une journée. J'ai testé pour vous et suivi le guide d'une cohorte de « chinchards », surnom affectueux donné par les îliens aux touristes. Premier conseil : pour profiter vraiment de la journée, j'ai embarqué au premier bateau de la Penn-ar-Bed, au port du Conquet, à 7 h 45. Quelques minutes après 9 h, j'ai posé le pied sur la digue du Stiff, à l'est de l'île.
Là, il faut se décider : louer un vélo (10 € ou 14 € pour un VTC/VTT) ou prendre une navette (2 € l'aller, 3,50 € aller et retour) jusqu'au bourg de Lampaul, à 4 km de là. Halte là. A quelques centaines de mètres, certes après uhe rude grimpette, j'ai opté pour une visite du phare du Stiff.
C'est le premier phare construit sur l'île par Vauban, en 1699. À partir de 10 h, Jean-François Deniel, ancien marin de commerce, béret sur la tête, oeil malicieux, accueille les candidats à la grimpette. « 104 marches pour monter, 90 pour redescendre ! » Sa blague en fait gamberger plus d'un. Là-haut, sauf brume (40 jours par an, quand même), vue imprenable sur toute l'île pour 2 €.
Les potences de Nividic
À la descente, dans un bâtiment annexe, un musée fort bien mis en scène vous dira tout sur la célèbre abeille noire d'Ouessant, espèce unique, et sur la vie du phare et de ceux qui le gardaient avant l'automatisation. Tout cela ne m'a pris qu'une petite heure. Redescente au Stiff où vient d'arriver un nouveau bateau. Cette fois pour prendre la navette. Direction plein ouest vers Lampaul, le coeur de l'île.
Midi approche. Le bourg grouille de monde. Les différents bateaux ont débarqué jusqu'à 2 000 passagers. On se presse dans les ruelles, les vélos slaloment entre les piétons et les voitures et inversement. Les boutiques de souvenirs font le plein. Grimper en haut d'un phare, ça creuse. J'opte pour le Ty Korn. La patronne connaît les contraintes et propose une formule rapide qui permet d'être prêt pour 13 h 15 et la visite commentée de l'île (15 €, aller et retour au port inclus).
Dans le car d'Ouessant Voyages, Stéphane, chauffeur et guide, souhaite la bienvenue aux 49 passagers. « On va d'abord aller vers la pointe nord-ouest de l'île, la pointe de Pern... » C'est parti. Voix posée, Stéphane égrène sa connaissance de son île de « 8 km de long, 4 de large et 45 km de sentiers côtiers pour en faire le tour ». Pendant trois heures, il va régaler son auditoire de faits sérieux, d'anecdotes, de traits d'humour. Les passagers apprécient.
Premier arrêt sur cette côte déchiquetée au pied du phare du Créac'h, « le deuxième phare le plus puissant du monde ». Pourquoi est-il peint de bandes noires et blanches ? « Pour être sûr qu'on le reconnaisse. » Stéphane raconte les dangers mortels des abords d'Ouessant et Molène, à l'entrée sud de la Manche.
« Comme en Guadeloupe »
Le car poursuit son chemin jusqu'à la pointe de Pern. « Vous êtes au bout du monde ! » Eh oui, on ne peut pas être plus à l'ouest. « En face, à 7 000 km, c'est l'Amérique ! » Encore 20 minutes d'arrêt. Les appareils photos sont de sortie pour les curieuses potences qui relaient le phare de Nividic à la terre. « C'est magnifique », s'enthousiasme Myriam venue avec mari et enfants d'Épinal.
Le car va ainsi conduire les touristes sur les plus beaux sites. En finissant par le superbe petit port d'Arland et ses deux écrins de sable blanc. « On dirait la Guadeloupe », s'exclame Jacques, originaire de Châteauroux, ébahi de voir une eau d'une belle couleur émeraude.
16 h 15, le car est de retour au Stiff pour le premier bateau de retour vers le continent. Les visiteurs d'un jour repartent. Je repars plus tard, avec le dernier bateau de 19 h, heureux « chinchard » d'une journée.
>> Repères
Y aller
Au départ de Brest ou du Conquet (le plus rapide) avec la compagnie Penn-ar-Bed (02 98 80 80 80) : 29,90 € aller et retour. Comptez 1 h 20 de traversée. Au Conquet, il est fortement conseillé de stationner sur les parkings à l'entrée de la ville ; les navettes vers le port sont gratuites.
Au départ de Lanildut et du Conquet avec la compagnie Finist'mer : 29 € et 40 minutes de traversée. Par avion, avec Finist'Air (02 98 84 64 87) au départ de l'aéroport de Brest : 93 € aller et retour. 15 minutes de vol.
Où manger ?
Le Bar de l'Arrivée, au Stiff ; La Duchesse-Anne, le Roc'h-ar-Mor, Ty-Korn (on vous recommande son fish-and-chips), le Fromveur, Ti Jan ar C'hafé, tous au bourg de Lampaul. Il existe aussi plusieurs crêperies. La spécialité de l'île, le ragoût de mouton sous les mottes (cuit sous la tourbe), se déguste dans la plupart des restaurants, mais sur commande. Deux supérettes pour acheter de quoi se faire des sandwiches. Une seule boulangerie, qui fait aussi café, siège du fan-club de Miossec !
Visiter
En vélo, bien sûr. 1 500 sont à louer, aussi bien au port d'arrivée, au Stiff, qu'au bourg de Lampaul. Attention : les sentiers côtiers sont interdits au vélo. Visites guidées en car ou minibus avec Ouessant Voyages, les taxis Quantin. Avec la seule guide interprète, Ondine Morin. L'office de tourisme est au bourg, près de l'église : 02 98 48 85 83.
Yannick GUÉRIN.Pour suivre : demain, l'île Callot. Ouest-France


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