lundi 29 août 2011

L'île de Sein dans 100 ans, les pieds dans l'eau...

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Pour son diplôme d'architecture, Anne-Aël Tournier a imaginé un habitat adapté à la montée inexorablede la mer. À l'échelle de l'île, le rêve d'un urbanisme sur pilotis ou flottant.
Entretien
Anne-Aël Tournier, 23 ans, diplômée de l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles.
Pour votre diplôme d'architecture à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles, vous avez imaginé l'île de Sein dans un siècle. L'habitat s'y est adapté à la montée des eaux.
On sait que le réchauffement planétaire va entraîner une hausse du niveau des mers. Je me suis basée sur des estimations scientifiques : une montée moyenne du niveau de l'océan d'un mètre par rapport à aujourd'hui. Pour l'île de Sein, si proche du niveau 0 des cartes terrestres et maritimes et si basse en altitude, un mètre changerait radicalement le visage de l'île : les pleines mers d'aujourd'hui seraient les basses mers de demain. Je pars du principe que les Sénans sauront s'adapter au changement et au danger, comme ils l'ont fait par le passé.
Comment vivrons-nous les pieds dans l'eau ? Décrivez-nous votre maquette d'une ruelle de l'île...
Les maisons se sont adaptées au changement : les rez-de-chaussée sont vidés et scellés afin de rester sains. L'étage s'agrandit sur pilotis, en fonction de la taille de la parcelle. Les ruelles se dédoublent en hauteur, grâce à la fabrication de passerelles en matériau léger et inoxydable. La mer peut s'infiltrer sur l'île en fonction des marées, la vie continue à deux mètres au-dessus du sol. Les maisons les plus exposées, elles, deviennent carrément flottantes. L'urbanisme flottant est modulable et déplaçable à volonté.
L'architecte visionnaire Jacques Rougerie, célèbre pour ses projets spécifiquement marins et concepteur d'Océanopolis, à Brest, est l'une de vos influences majeures...
J'aimerais beaucoup travailler comme (ou avec !) Jacques Rougerie, sur les nouvelles perspectives entre l'homme et le milieu aquatique. Il m'apparaît urgent d'avancer sur la compatibilité des technologies et de l'environnement, pour habiter sans abîmer.
Construire en zone inondable devient pourtant impossible...
Les mentalités, et les lois, vont devoir évoluer. Dans 100 ans, c'est certain, on ne pourra pas tous se réfugier à l'intérieur des terres. Outre la montée des eaux et la surpopulation, on se retrouve face à des zones inondables de plus en plus nombreuses et des terrains constructibles en bord de mer de plus en plus en rares. On pourrait débloquer des zones destinées aux constructions intégrées à la nature. Aux Pays-Bas, ils ont beaucoup avancé sur ces problématiques. Ils utilisent déjà des techniques consistant à rendre un bâtiment flottant ou amphibie. Et ils ont aussi anticipé sur la construction, ou la réfection, de digues et de barrières capables de résister à un assaut exceptionnel. Les 5 500 km de littoral français, si densément peuplés, ne peuvent échapper à la réflexion. Pas question de renoncer à un tel mode de vie !

Recueilli par: Frédérique GUIZIOU.