lundi 19.12.2011, PAR BRUNO MALLET
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| TRANSMANCHE |
En liquidation judiciaire depuis le 16 novembre, la compagnie SeaFrance a de nouveau rendez-vous, aujourd'hui, au tribunal de commerce de Paris. L'audience, prévue à 14 h 30, pourrait déboucher sur une décision spectaculaire, à savoir l'application immédiate de la liquidation judiciaire.
Cliquez ici pour accéder au contenuEt si ce 19 décembre marquait la fin définitive de la compagnie SeaFrance ? Ce scénario funeste est aujourd'hui plausible. En effet, le tribunal de commerce pourrait juger impossible la reprise de la société. La semaine passée, une seule offre avait été déposée, celle du projet de SCOP (société coopérative et participative) porté par le syndicat majoritaire CFDT. Offre qui souffre d'un défaut de financement. Le juge peut-il juger ce défaut rédhibitoire, et repousser ainsi tout espoir de reprise ? Rien, a priori, ne l'empêche.
La crainte de ce scénario abrupt est réelle du côté du syndicat majoritaire. D'ailleurs, vendredi, les responsables de la CFDT ont décrété la mobilisation générale : plusieurs autobus de marins devraient faire le déplacement jusqu'à la capitale aujourd'hui. Une présence destinée à montrer au juge que les marins de SeaFrance ne laisseront pas leur compagnie couler sans rien dire.
« Ce serait quand même aberrant qu'on en arrive là, commente Didier Cappelle, secrétaire du syndicat maritime Nord CFDT . Aujour-d'hui, nous sommes les seuls à pouvoir sauver SeaFrance, mille emplois directs, autant d'indirects, dans un bassin déjà sinistré. Nous offrons une solution toute trouvée, et tout le monde l'ignorerait ? » La situation n'est évidemment pas si simple. L'absence de financement devrait empêcher le juge de considérer que la SCOP est une « solution toute trouvée ».
Les promoteurs de la SCOP estimaient à 25 millions d'euros leur besoin immédiat, à 50 millions le financement nécessaire à moyen terme. Ils n'ont pu apporter au juge « que » 15 millions. Et encore, il ne s'agit que de déclarations de principe de la part de collectivités territoriales et locales (conseil régional, conseil général du Pas-de-Calais, villes de Calais, Gravelines, Grande-Synthe, Étaples...), qui ont pour la plupart soumis leur participation financière à conditions. Les chèques sont très loin d'être signés.
Pour être crédible, ce projet nécessite l'investissement d'un opérateur. La CFDT lorgne toujours vers la SNCF, actionnaire unique. Pour le syndicat majoritaire, la compagnie publique est la principale responsable de la situation actuelle, et se voit offrir la possibilité de se rattraper, en donnant un vigoureux coup de pouce financier au projet de reprise. Mais la SNCF répète à l'envi que tout financement de sa part serait illico retoqué par l'Union européenne pour distorsion de concurrence.
Et du côté du privé ? Il n'y a rien à en attendre, en tout cas pour l'instant. Le consortium formé par le géant danois DFDS et le français Louis-Dreyfus Armateurs avait renoncé, la semaine dernière, à déposer une nouvelle offre de reprise, expliquant avoir jeté l'éponge devant la défiance affichée d'emblée par le syndicat majoritaire, et son refus d'entamer le moindre début de discussion. Dans un communiqué publié le 12 décembre, DFDS et LDA indiquent toutefois qu'ils « continueront à examiner la situation et évaluer toutes les possibilités futures qui pourraient se présenter ».
En d'autres termes, l'attelage DFDS-LDA pourrait simplement attendre que SeaFrance soit totalement liquidée, et s'installer tranquillement à sa place. Sans être tenu, évidemment, de reprendre l'équipage français et son encombrant syndicat... Qui risquent aujourd'hui de tout perdre, définitivement. •
La crainte de ce scénario abrupt est réelle du côté du syndicat majoritaire. D'ailleurs, vendredi, les responsables de la CFDT ont décrété la mobilisation générale : plusieurs autobus de marins devraient faire le déplacement jusqu'à la capitale aujourd'hui. Une présence destinée à montrer au juge que les marins de SeaFrance ne laisseront pas leur compagnie couler sans rien dire.
« Ce serait quand même aberrant qu'on en arrive là, commente Didier Cappelle, secrétaire du syndicat maritime Nord CFDT . Aujour-d'hui, nous sommes les seuls à pouvoir sauver SeaFrance, mille emplois directs, autant d'indirects, dans un bassin déjà sinistré. Nous offrons une solution toute trouvée, et tout le monde l'ignorerait ? » La situation n'est évidemment pas si simple. L'absence de financement devrait empêcher le juge de considérer que la SCOP est une « solution toute trouvée ».
Les promoteurs de la SCOP estimaient à 25 millions d'euros leur besoin immédiat, à 50 millions le financement nécessaire à moyen terme. Ils n'ont pu apporter au juge « que » 15 millions. Et encore, il ne s'agit que de déclarations de principe de la part de collectivités territoriales et locales (conseil régional, conseil général du Pas-de-Calais, villes de Calais, Gravelines, Grande-Synthe, Étaples...), qui ont pour la plupart soumis leur participation financière à conditions. Les chèques sont très loin d'être signés.
Pour être crédible, ce projet nécessite l'investissement d'un opérateur. La CFDT lorgne toujours vers la SNCF, actionnaire unique. Pour le syndicat majoritaire, la compagnie publique est la principale responsable de la situation actuelle, et se voit offrir la possibilité de se rattraper, en donnant un vigoureux coup de pouce financier au projet de reprise. Mais la SNCF répète à l'envi que tout financement de sa part serait illico retoqué par l'Union européenne pour distorsion de concurrence.
Scepticisme
La CFDT a également émis l'idée de faire appel au FSI, fonds stratégique d'investissement, organisme para-public. « Mais apparemment, on se heurte à un veto de la part du ministère des Finances, qui ne souhaite pas que le FSI entame des négociations avec nous », indique Didier Cappelle. Si l'on ajoute le scepticisme ouvertement affiché par le ministre des Transports Thierry Mariani sur la viabilité et la crédibilité de la SCOP, on comprend que ce projet n'emporte pas l'adhésion farouche de la part des pouvoirs publics.Et du côté du privé ? Il n'y a rien à en attendre, en tout cas pour l'instant. Le consortium formé par le géant danois DFDS et le français Louis-Dreyfus Armateurs avait renoncé, la semaine dernière, à déposer une nouvelle offre de reprise, expliquant avoir jeté l'éponge devant la défiance affichée d'emblée par le syndicat majoritaire, et son refus d'entamer le moindre début de discussion. Dans un communiqué publié le 12 décembre, DFDS et LDA indiquent toutefois qu'ils « continueront à examiner la situation et évaluer toutes les possibilités futures qui pourraient se présenter ».
En d'autres termes, l'attelage DFDS-LDA pourrait simplement attendre que SeaFrance soit totalement liquidée, et s'installer tranquillement à sa place. Sans être tenu, évidemment, de reprendre l'équipage français et son encombrant syndicat... Qui risquent aujourd'hui de tout perdre, définitivement. •


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