“Aux antipodes de la croisière” (clquez sur le titre pour lire la source).
Le “tourisme lent” et autres formes de tourisme “alternatif” sont à la mode depuis quelques années. Cela se traduit-il par une augmentation des demandes de voyages en cargo ?
Près de 700 passagers ont embarqué l'an passé à bord des navires CMA-CGM. Cette activité est en constante augmentation. En 2009, 550 passagers avaient embarqué. Les lignes les plus demandées sont la ligne France-Antilles, et surtout la ligne Tour du Monde (France, États-Unis, Polynésie française, îles Fidji, Nouvelle-Calédonie, Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Grande-Bretagne ; le tout en 84 jours). Pour cette dernière, toutes les cabines sont actuellement réservées pour les douze mois à venir…
Les cargos ont-ils toujours embarqué quelques passagers ?
Les premiers passagers ont embarqué sur les bananiers de notre compagnie dans les années 1980. Depuis, le Groupe CMA-CGM n'a pas cessé d'ouvrir des cabines aux passagers sur toutes ses lignes – la demande étant importante pour ce style de voyage. De plus en plus de personnes aspirent à voyager “indépendants”, sans être assistées constamment et surtout profiter de la mer “en toute intimité”, le nombre de passagers étant restreint sur les cargos – il est limité à un maximum de 14 personnes, sur certains navires.
Un voyage en cargo est une expérience "touristique" hors du commun vu qu'il s'agit de bateaux qui travaillent, et non d'une croisière. Comment en informez-vous les passagers afin qu'ils soient conscients des contraintes spécifiques de ce type de voyage, par exemple les éventuels changements d'itinéraire et de dates d'escales ?
Le voyage à bord d'un cargo offre un grand avantage par rapport à la croisière : le passager peut embarquer ou débarquer où il le souhaite. Il construit son voyage en fonction du temps et du budget dont il dispose. Certaines escales étant communes à diverses lignes, il est également possible de commencer son voyage sur une ligne et de poursuivre sur une autre. Sur toute notre documentation, il est spécifié qu'il faut “garder à l'esprit que le voyage en cargo est régi par les règles de la Marine Marchande et reste un espace de travail. Ceci explique que les passagers partagent la vie de l'équipage et qu'une discrétion naturelle est de mise. Par ailleurs, les itinéraires, horaires, dates ne sont en aucun cas contractuels et peuvent être modifiés à tout moment selon les conditions et impératifs fixés par la Compagnie maritime qui répond aux priorités commerciales du transport de fret.” Nous informons également nos clients sur le fait qu'un voyage en cargo est antinomique à une croisière. Il n'y a pas de spectacle ni d'animation à bord, pas d'excursions organisées ; les passagers se débrouillent par eux-mêmes quand ils débarquent le temps des escales. Bien entendu, nous sommes cependant à leur écoute pour organiser un séjour à l'escale de leur choix si nécessaire.
Guide pratique
Troisième acteur mondial du transport maritime en porte-conteneurs, la CMA-CGM, basée à Marseille, propose des voyages à bord de ses navires, modernes et confortables. Comptez environ 100 € par jour, repas inclus, hors pré-acheminement vers les ports d'embarquement/débarquement. Renseignements : Marie-Paule Aubert, ho.maubert@cma-cgm.com ; tél. 04 88 66 65 01. Une présentation des embarquements proposés par la compagnie est disponible sur le site : www.cma-cgm.fr/Images/ContentManagement/fr-FR/Tourism/CMA-CGM-Partir-en-cargo-Fiche-Info.pdf
Mer et voyages (www.mer-et-voyages.info) Le principal tour-opérateurs français spécialisé dans les voyages en cargos propose un large choix de navires et d'embarquements. 75 rue de Richelieu, 75002 Paris, tél. 01 49 26 93 33
Club des voyageurs en cargo Ce club de passionnés se réunit à Paris, à la librairie Ulysse, le premier mercredi de chaque mois à partir de 18h30. Occasion pour ceux qui ont envie d'embarquer de rencontrer ceux qui l'ont déjà fait, les réunions sont ouvertes à tous à condition d'apporter quelque chose à boire.
Librairie Ulysse, 26, rue Saint Louis en l'île, 75004 Paris, tél. 01 43 25 17 35
Le site www.marinetraffic.com (en lien direct sur le blog) permet de consulter en temps réel la position et la route de nombreux navires de commerce.
FORMALITÉS
Elles varient selon les destinations. En dehors de l'UE, un passeport en cours de validité est naturellement nécessaire. Les passagers souhaitant quitter le bord aux escales devront dans certains cas se munir à l'avance des visas correspondants. Le passeport des passagers reste à bord sous la garde du commandant, qui le tient ainsi à la disposition des autorités portuaires. Les services des douanes viennent en général à bord lors des escales. Le commandant ou le second-capitaine seront vos contacts pour toutes ces questions.
SANTÉ
L'absence de médecin à bord est un élément à prendre en compte. C'est notamment la raison pour laquelle les compagnies imposent aux passagers de fournir à l'avance un certificat médical particulièrement détaillé, ainsi qu'une décharge de responsabilité. Des soins et conseils médicaux peuvent être prodigués à bord par radio, mais cette solution est réservée aux cas d'urgence.
CHOISIR SON EMBARQUEMENT
Le trajet, la durée, le type de bateau et les conditions maritimes rencontrées sont bien sûr à prendre en compte. Mais aussi la langue pratiquée à bord. Un nombre croissant de navires utilisent en effet l'anglais comme langue de travail, les armateurs ayant de plus en plus souvent recours à des marins et officiers roumains et philippins pour des questions de coût. Si vous ne pratiquez pas l'anglais, renseignez-vous avant l'embarquement sur la langue employée à bord. Les navires les plus gros sont utilisés sur les lignes les plus longues, notamment celles transitant par l'Asie, continent dont est originaire une part très importante du trafic de conteneurs mondial.
VIE A BORD
Voyager en cargo est à bien des égard plus proche du tourisme industriel que du tourisme tout court. Il s'agit davantage d'une découverte du quotidien des marins travaillant à bord, et de celui des dockers assurant les opérations de chargement et déchargement, que des ports et villes d'escales. L'équipage, de plus en plus réduit, aura par ailleurs un temps limité à vous accorder. Les passagers doivent donc être autonomes et prévoir de quoi s'occuper durant les traversées. Il est quasiment toujours possible, à un moment ou à un autre, de visiter la salle des machines en en faisant la demande au commandant ou au chef mécanicien. L'accès à la passerelle est généralement libre à condition de ne pas gêner ni faire de bruit durant les manœuvres délicates. Les gros cargos, notamment les porte-conteneurs, roulent et tanguent très peu du fait de leur taille et de leur poids.
ESCALES
Le navire privilégiant avant tout ses activités commerciales, les escales sont réduites à la durée la plus courte possible, parfois en partie durant la nuit, et les modifications de parcours et de dates d'escale sont possibles. Les terminaux portuaires sont par ailleurs de plus en plus éloignés des centres-ville. Pour toutes ces raisons, il n'est pas toujours possible de descendre aux escales pour “faire du tourisme”, ce qui est parfois un peu frustrant pour les passagers.
ITINÉRAIRES ET PORTS D'EMBARQUEMENT
Les grands ports d'Europe, Le Havre, Dunkerque, Zeebrugge, Hambourg, Rotterdam, Southampton… Ces grands ports de commerce, qui drainent une large part du trafic de marchandises européen, peuvent être rejoints en quelques jours depuis Le Havre, l'un des ports les plus pratiques pour embarquer en France. La remontée de l'Elbe pour atteindre le gigantesque terminal de Hambourg et les installations automatisées de Rotterdam comptent parmi les points forts de cet itinéraire.
La transatlantique et la route antillaise Une dizaine de jours suffit pour traverser l'océan Atlantique depuis les côtes françaises. Les ports de destination les plus fréquents sont les Antilles françaises, desservies par des navires de taille modérée, le Brésil ou encore la Guyane, mais New York et le Canada sont aussi des possibilités. La “route antillaise” est un classique des adeptes du voyage en cargo.
La tournée asiatique Près de 80 jours aller-retour sont nécessaires pour effectuer dans sa totalité cette boucle qui relie les grands ports français aux terminaux de conteneurs de la côte chinoise, via le golfe de Gascogne, Gibraltar, la Méditerranée, le canal de Suez, l'océan indien et le détroit de Singapour. Un voyage haut en couleurs qui fait le bonheur de ceux qui souhaitent un embarquement au long cours.
Malte et la méditerranée De par sa position en Méditerranée, à la fois face à l'Afrique et au carrefour de la route Europe-Asie via le canal de Suez, l'île de Malte est un important lieu de transit du transport maritime de conteneurs mondial. Les embarquements sont possibles depuis l'île à bord des navires effectuant la tournée asiatique, vers l'Europe ou l'Asie.
Europe-Inde Une variante de la route asiatique, moins fréquentée mais toujours possible.
Europe du Nord et Scandinavie Possibilités d'embarquement vers l'Irlande, les pays Baltes et les grands ports scandinaves, mais aussi l'Islande via les îles Féroé, à certaines saisons.
Tour du monde Un must de plus de 80 jours. Au programme : Europe, New York, les Caraïbes, le canal de Panama, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, puis l'Australie, la Nouvelle-Zélande et retour. L'un des itinéraires les plus demandés (voir l'interview de Marie-Paule Aubert en encadré).
GUIDE
Le guide des voyages en cargo et small ships, de Hugo Verlomme et Marc Bombail (Éditions des Équateurs, 2011, 250 p, 19 €). Une nouvelle édition, entièrement revue, du principal guide consacré au sujet est prévue en octobre 2011 aux Éditions des Équateurs. Devenu un classique, ce guide qui en est à sa septième édition s'intéresse à tous les aspects du voyage : conseils pratiques, témoignages, contacts utiles.
A LIRE
Tour du monde en cargo, sous la direction de Jérôme Laurent (Éditions de Conti, 2008). Un carnet de voyage né de l'embarquement en 2008 d'équipes de tournage de l'émission Thalassa sur un porte-conteneurs de la CMA-CGM, pour un voyage de 84 jours autour du monde via Le Havre, New York, Panama et Shanghai.
L'âme des cargos, de Thomas Journot (Éditions Le Fantascope, 2009). Un beau livre de photographies signé du photographe indépendant Thomas Journot, embarqué sur un porte-conteneurs entre la France et le Brésil.
Journal de Gand aux Aléoutiennes, de Jean Rolin (Payot Voyageurs et Éditions Table Ronde, première édition 1982). S'inspirant d'une traversée en cargo qu'il a réellement effectuée, l'auteur livre ici un vrai-faux récit de voyage décalé et rocambolesque, où les marins organisent des courses en sac dans les coursives durant les coups de vent et capturent des baleines au lasso… Un livre que Henry Michaux, auteur de Voyage en grande Garabagne, n'aurait certainement pas renié…
Cargo, de Bernard Mathieu (Éditions Losfeld Joëlle, 2005). Un roman d'atmosphère dont le cargo qui emmène l'auteur vers Valparaiso est lui même l'un des principaux personnages de l'action. L'auteur aura du mal à le quitter : “Quitter le bateau, c'est retourner dans le froid, s'occuper à nouveau d'affaires, d'amour, se tourmenter…”
Le Tour du monde en porte-conteneurs, d'Emmelene Landon (Éditions Gallimard, 2003). Les peintures de l'artiste australienne Emmelene Landon, embarquée pour un tour du monde à bord de deux porte-conteneurs. Ces 96 pages s'attachent à décrire à la fois l'aventure maritime et l'aventure humaine.

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