mercredi 21 décembre 2011

Un regard à l'horizon des phares

Bernard Rubinstein lève un voile pudique sur une jolie passion pour les objets-phares.
Les sentinelles de Charente-Maritime y ont leur éclat.

La mine est un rien taciturne, sous une broussaille d'épais sourcils. C'est une silhouette pressée qui déboule sur le pont des voiliers, dans les allées des salons nautiques, ou qui parcourt les alignements de pontons. C'est Rubi, qui promène son insatiable connaissance de la filière nautique et des horizons de la plaisance.
Bernard Rubinstein, directeur de la rédaction de « Voiles magazine », aime par-dessus tout naviguer. Mais cet ancien équipier d'Éric Tabarly suit parfois des caps inattendus qui l'appellent loin des longues houles. D'insolites tangentes qui l'amènent jusqu'aux rivages de l'objet rare, « de découvertes en découvertes », et dont « Éclats de phares » (1), est le lumineux tracé. C'est un livre qu'il co-signe avec le photographe Jean-Marie Liot, et que les deux complices sous-titrent « une collection née de la mer ».
« Une chasse au trésor »
Rubi lève un coin du voile : « J'adore naviguer. Le large, la côte. J'adore aussi la brocante. C'est un peu comme une chasse au trésor. Tu pars tôt le matin, tout est possible. Tu ne trouves rien, ou tu débusques un flacon de parfum. Il a la forme d'un phare. C'est le départ d'une enquête. C'est une espèce de navigation. Le point de départ pour ne pas mourir idiot. »
Le navigateur-chineur s'est écarté résolument des routes rebattues d'un énième récit sur l'histoire des phares. Il préfère utiliser l'objet de curiosité comme prétexte à raconter l'histoire de la sentinelle, à laquelle il se rapporte, l'évolution technologique qu'il évoque, l'anecdote à laquelle il renvoie.
Rubi est connu - et reconnu - dans la filière nautique. Les brocanteurs l'interpellent aussi dans les allées des puces de la porte de Vanves (à Paris) quand ils ont débusqué la perle rare. C'est un voyage ponctué de rencontres et de découvertes.
En texte et joliment illustré, son livre nous invite à marquer les escales. Les chapitres s'égrènent à la cadence des éclats : petits phares, parfum de phares, le phare s'affiche, le phare se peint, le Paris des phares… expriment clairement sur quels objets Bernard Rubinstein a jeté son dévolu.
Une à une, il grimpe les marches qui mènent au cœur de sa sensibilité, comme l'escalier conduit à la lanterne. On croise des gardiens, on entend des refrains de chants de marins, on s'amuse d'un jouet en bois d'un autre temps, on effeuille un roman d'amer et de brume. Poésie des objets, précision de l'auteur, passion du collectionneur.
Deux maquettes en tôle
Certains phares tiennent une place à part dans l'ouvrage. Cordouan. « Rubi » y vécut cinq jours, il y avait sa chambre… « Un endroit magnifique, étonnant. Ça n'est pas un phare en mer, derrière son couronnement de béton, tu ne le vois pas, mais tu l'entends. » La Coubre, qu'il redécouvre sous la forme de deux maquettes jumelles en tôle rouge et blanche. L'ami des puces qui les lui avait proposées en ignorait tout.
« Le phare de Ré », enfin. Pas celui des Baleines, mais le journal hebdomadaire, qui entre dans la composition du paysage, au même titre « que les people, les roses trémières et les Tofinou ». Il est utile de préciser que les phares, ceux de la mer d'Iroise, à la pointe de Bretagne, étaient le sujet du premier reportage que signait Bernard Rubinstein. En ce temps-là, on ne parlait pas d'automatisation. Maintenir le feu restait l'aventure des hommes, parfois taciturnes.
(1) « Éclats de phares, une collection née de la mer », de Bernard Rubinstein et Jean-Marie Liot, aux éditions Glénat. Prix public : 35 euros.

Bernard Rubinstein, amoureux de la mer, des phares et des chasses aux trésors…cliquez sur le titre pour lire la source.   
photo jean-marie liot.