mercredi 21 décembre 2011

Voici le 23e et 24e chapitre de mon roman sur Ouessant.

Extrait:
.........Depuis quelques jours j’ai changé de rythme, le soir je me rends chez Mamie, ainsi le Penn ar Bed n’est plus uniquement à la fois mon lieu de vie et mon travail. Couper ce lien m’est utile et salutaire même si le parcours en cette période se fait toujours de nuit en soirée et au jour naissant le matin. Mamie est heureuse de me retrouver le soir, elle m’attend pour le repas, dès que j’arrive, elle éteint la télé, elle me presse de questions : Qui est venu aujourd’hui ? Comment va-t-il ? As-tu des nouvelles d’un tel ou de l’autre ? Alors qu’est-ce qui c’est passé ?

Je suis pour elle le lien avec l’autre partie de l’île, je suis son « Télégramme », pourtant elle le lis. Elle doit attendre l’heure de mon retour avec impatience et je crois qu’elle serait vite inquiète de mon absence. Les trois km qui nous séparent du bourg ne sont rien en mobylette ni même en vélo, sauf les jours de vent.

Ce soir le temps est sans vent, j’ai pris le vélo afin de ne pas toujours lui prendre sa mobylette car mon père profitant du temps calme, ira cette nuit à la cale du Stiff pêcher l’encornet. Volontairement je n’ai pas mis la dynamo et je roule sans lumière, seul les rayons du phare du Créac’h au moment de leur passage diffusent une lueur tout à fait suffisante pour éclairer la route.

Parfois un court moment, je suis éblouie par un faisceau, surtout vers Parluc'hen, car toutes les lentilles ne sont pas réglées au même niveau d’horizon, certaines sont plus basses que d’autres, J’aime profondément le ballet des rayons dans l’obscurité. Chaque soir ou presque à chaque fois que je le peux, je profite du spectacle qui m’est offert, je me dis, même si l’on s’habitue à tout, ne plus voir la nuit me manquerait.

Lorsque la route est dans son prolongement, elle brille de ses reflets, notre île est toujours très sombre, il n’y a pratiquement pas d’éclairage urbain, c’est heureux car l’on peut aussi, mieux voir les étoiles, La nuit n’est pas inquiétante, elle est féerique à condition d’être dehors ce soir.

Les nuits de tempête, les veuves de marins redoutent le vent car il leur parle, il réveille des souvenirs en sifflant sous les portes, dans les fenêtres, s’infiltrant jusque dans les chambres, infernal, endiablé, terriblement insupportable, il est là sans répit à rappeler les terribles circonstances des naufrages de leurs maris. Son lit clos renforce l’angoisse, c’est pour cela que je n’y dors plus. Maintenant j’affronte les nuits de tempête, je ne ferme même plus les volets afin que la lueur rentre dans la chambre et qu’elle éclaire le ruissellement de la pluie sur les vitres.

La nuit est noire et froide, elle glace les esprits, la nuit des phares est vivante, elle rassure et le vent sifflant ou hurlant n’a plus d’autre effet que celui de pousser obliquement les gouttes s’écoulant des vitres de ma fenêtre. Nonchalamment je continue ma route, je n’ai pour compagnons que quelques lapins sprintant à mon arrivée et des fenêtres allumées où derrière les rideaux se meuvent quelques familles, il n’est pas encore huit heures et toute l’île est chez elle. Heureusement que le phare tourne, sinon ce serait vraiment lugubre !

Je quitte les dernières maisons de Loc Gweltas pour l’unique maison habitée de Pern, au loin la lueur me fait entrevoir la villa des tempêtes, cette célèbre maison du livre « La mer » de Kellerman. Jadis, existait dans ce lieu une corne de brume à piston, actionnée par un manège de deux chevaux ouessantins, aujourd’hui, il ne reste que des ruines et la race de chevaux s’est éteinte comme la race de vache et bientôt celle des moutons si cela continue !

Même nos phares en mer risquent d’être désertés, des études sont en place pour remplacer les hommes, depuis la réussite du phare de Nividic, je tiens cela d’un client ingénieur aux pharbal, ce sera dans 10 ans, mais qu’est-ce que 10 ans… !! Il m’est difficile de penser que derrière ces feux, il n’y aura que des machines.

Comme chaque soir Mamie a allumé la lumière dans la cour, j’ouvre la porte et j’entre dans un autre monde, en effet, celle-ci à peine ouverte, je savais déjà quelle serait la nature du repas : Des crêpes. Tout en me déchaussant, assise sur le fauteuil près de la porte d’entrée, je remarque que la lumière est plus douce, plus orange, aussitôt je me demande pourquoi ?......

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