mardi 31 janvier 2012

Depuis dix ans, le jeune charentais a fait de l’élevage du mouton d’Ouessant,

Depuis dix ans, le jeune charentais a fait de l’élevage du mouton d’Ouessant, sa vie. Installé depuis quatre ans à Alex, il a brutalement été mis en contact avec la réalité de la présence du loup.
Photo DL/Norbert FALCO: cliquez sur le titre pour lire la source.

Au hameau de Villard-Dessus, commune d’Alex, c’était hier jour de deuil. Dans la neige blanche, quatre petites masses sombres alignées. Ce sont Câline, Luna, Moutonne et Noisette. Des moutons d’Ouessant. Presque des peluches.

« Cette défense du loup à outrance, c’est un scandale »

Jean-Baptiste Salignac, jeune éleveur originaire de Charente, n’en finit plus d’avoir les yeux rougis. Dans la nuit, le loup a fait son œuvre, fauchant du même coup quatre vies animales – Prune, blessée, n’était hier soir pas au mieux – et un beau projet d’homme. Celui de créer une bergerie pour cette race ancienne dont on compte seulement 3 000 têtes en France. Un projet à la fibre naturelle, avec tonte écolo et visite pédago. « Je venais juste de louer un terrain de 3000m², on y était. » Mais dans la cour de la maison, les lambourdes et montants de bois qui préfiguraient la naissance prochaine de la bergerie vont prendre la pluie plus longtemps que prévu. Dur à vivre.

Il y a dix jours, je me suis renseigné auprès de personnes normalement avisées pour savoir s’il y avait des risques avec le loup. Pas de problème. Et voilà ! Cette race ancienne c’est tout ma vie, c’est l’origine du mouton. Avec n’importe quelle autre race vous avez 50 têtes en deux ans, là il y a un agnelage par an et un agneau par agnelage. Et le pire, si encore il avait mangé quoi que ce soit mais non. Ici le loup a tué pour rien. La nature je suis pour à 100 % mais je vous avoue que cette défense du loup à outrance, c’est un scandale. » Colère.

« Pas un seul coup de fil, ça aussi c’est dur »

Et inquiétude aussi. Le grand canidé est venu au plus près de maisons, n’hésitant pas à sauter une clôture haute d’1,20m. Une fois dans l’enclos, un jeu d’enfant. « On les a toujours enfermées, mais c’est une race très rustique, qui a besoin d’être à extérieur. J’ai suivi les traces, ils venaient des Dents de Lanfon. » M. Salignac est formel.
Aujourd’hui, l’éleveur remet tout en cause. Son projet bien sûr, il en rêve encore. Mais ne se voit pas le vivre sous la menace. Permanente, invisible et foudroyante. Pas question de faire venir les 25 autres moutons d’Ouessant qu’il a en Charente. L’homme, extrêmement touché, a besoin de temps. Et de soutien aussi. « Je n’ai pas reçu un seul coup de fil, ça aussi c’est dur. »

Jean-Baptiste Salignac, très ému, en appelle aux messages de soutien. Son adresse : ouessantissime@hotmail.fr

Voici sa réponse après mon message de soutient:

Cher Andreas Guyot,
MERCI de votre soutien, les premiers de la fratrie d'Ouessant!. Certains doutent... se demandent si c'est vraiment du loup, oui après expertise des traces de pattes dans la neige qu'il a laissé, très grosses, et confirmées par les deux techniciens de l'onc; et au vue de son mode opératoire.
D'autres comme vous que je ne connais, ont tout compris, seul un éleveur pouvait vraiment ressentir la foudre qui me tombe dessus.
Des années piétinées, et des regrets, de n'avoir pas fait plus que plus. On a affaire à un loup qui saute, le loup ne saute pas!!!
Prune, la plus solitaire, a rejoint notre belle famille cette nuit. Seule.
Même le loup n'est pas heureux, la peur au ventre il n'a pu faire festin.
Je vous répondrai plus longuement bientôt, merci de votre message, vraiment, je me trouve mal, à bientot, Jean Baptiste.