mardi 3 janvier 2012

SeaFrance : l'audience reportée au lundi 9 janvier


L'avenir de la compagnie de ferries SeaFrance, en liquidation judiciaire depuis le 16 novembre, se jouera mardi matin devant le tribunal de commerce de Paris.

| Philippe Huguen
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Les 880 salariés de SeaFrance vont devoir attendre encore quelques jours pour être fixés sur l'avenir de leur compagnie. L'audience au tribunal de commerce de qui devait statuer sur le sort de la compagnie de ferries SeaFrance, filiale de la en liquidation judiciaire a été reportée au lundi 9 janvier.

Compte tenu de la complexité des propositions avancées, Me Fouad Barbouch, des salariés, avait demandé un report de l'audience pour mieux préparer le dossier de reprise
Tôt dans la matinée, 500 salariés de l'entreprise avaient quitté Calais en bus pour rejoindre la capitale

Le tribunal de commerce doit se prononcer sur l'offre de reprise déposée par les salariés de la compagnie via une coopérative (Scop), seul projet encore sur la table et qui a reçu contre toute attente le soutien du gouvernement lundi.

Le président de la République a demandé en effet lundi à la SNCF d'apporter son aide à leur projet de Société coopérative et participative (Scop), alors que jusque là, le gouvernement s'était montré dubitatif sur ce projet. Il consiste à faciliter le financement de la Scop, nouvellement créée, par les indemnités des salariés licenciés. A ces indemnités viendraient s'ajouter «des indemnités extra-légale», a précisé, devant la presse, la ministre de l'Ecologie et des Transports Nathalie Kosciusko-Morizet qui estime à 50 000 à 60 000 euros par salarié le montant de ces indemnités exceptionnelles versées par la SNCF. Le projet de coopérative ouvrière est la seule offre en lice pour reprendre SeaFrance qui emploie 880 personnes à Calais (nord), et génère au moins autant d'emplois indirects.

L'opposition dénonce le «revirement stupéfiant» de Nicolas Sarkozy

«C’est bien tard car c’est l’Etat actionnaire qui a conduit cette société à une sorte de banqueroute», a réagi le socialiste Arnaud Montebourg ce mardi matin sur France Inter. La secrétaire nationale d’Europe Ecologie – Les verts (EELV), Cécile Duflot, partage son avis : «On est au-delà du dernier moment» pour «sauver les salariés». Invitée de France Info, elle a fustigé le «revirement stupéfiant» de Nicolas Sarkozy «car cela fait très longtemps que les salariés portent ce projet». Le ministre des Transports, Thierry Mariani, a contesté mardi toute idée de revirement sur France Bleu Nord, «Nous n'avons pas changé de position, nous avons simplement dit: "le principal c'est l'emploi".»

AUDIO. Cécile Duflot : Sarkozy «a une obligation de résultat» sur SeaFrance



Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a affirmé mardi sur RTL qu'il attendait de «voir la concrétisation» du projet de Scop des salariés de SeaFrance, car la «mécanique est assez compliquée» et ce n'est «pas une solution miracle» selon lui. Selon lui, «les Scop, ce n'est pas des ambulances non plus. Il y a trop de tentatives qui ont échoué». «Pour que ça marche, il faut que tous les salariés acceptent de mettre leurs indemnités même si elles sont supérieures à ce qui était prévu. Parce que si ça ne marche pas ils perdent tout, ils perdent non seulement leur travail mais l'intégralité de leurs indemnités», a rappelé le leader de FO.

Interrogée sur BFM-TV, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, a été poussée dans ses retranchements par Jean-Jacques Bourdin mardi matin. «Je ne vous dis pas que c’est gagné, mais au moins il y a une chance», s’est-elle emportée alors que l’animateur voulait lui faire dire qu’elle ne croyait pas à la solution de la Scop. Quant au revirement du gouvernement entre vendredi et lundi, NKM rétorque : «Les représentants des salariés n’ont pas voulu discuter avec le repreneur privé (…) Il ne reste qu’une solution, on leur propose de la tenter.» La présidente du Medef, Laurence Parisot a elle aussi salué l'initiative du gouvernement sur Europe 1, «L'Etat est tout à fait dans son rôle quand il est là soit en tant que médiateur (...) soit pour aider à anticiper des restructurations ou des reconversions.»

Le gouvernement «fait le maximum», selon Bertrand

Les salariés et leurs avocats se sont de leur côté montrés sceptiques sur la faisabilité du projet gouvernemental. «Que l'Etat s'intéresse enfin au dossier SeaFrance, c'est une bonne chose. Mais la manière dont il s'y prend, et les solutions qu'il propose, sont mauvaises. C'est un montage juridique abracadabrantesque, qui a peu de chances d'aboutir», a jugé pour sa part Me Philippe Brun, l'avocat des salariés. Invité de France 2 mardi matin, le Ministre du travail, Xavier Bertrand, a assuré de la bonne foi gouvernementale. «On fait le maximum pour que ce projet soit le plus crédible possible aux yeux du tribunal de commerce. Vous imaginez ce qu'on aurait dit si on avait rien fait ? Je préfère qu'on essaie de sauver des emplois», a-t-il expliqué.

Alors que les collectivités locales du Nord-Pas-de-Calais ont proposé de s'engager dans le projet à hauteur de 12 millions d'euros, Mme Kosciusko-Morizet a souligné que l'ensemble des fonds ainsi rassemblés permettrait de «couvrir» les besoins nécessaires à la création de la Scop, soit «40 à 50 millions d'euros». Encore faudrait-il que tous les salariés se mettent d'accord pour utiliser leurs indemnités, ce qui est loin d'être le cas pour l'heure selon les syndicats. Eric Vercoutre, secrétaire CFDT du comité d'entreprise, refuse dans la Voix du Nord mardi que tous les efforts soient supportés par les salariés : «La SNCF a fait un dégât monstrueux depuis trois ans. Il faut qu'elle mette la main à la poche. Mais ce sont tout ceux qui ont démoli notre entreprise qui doivent payer.»