lundi 26 mai 2014

l'île de Batz: Les derniers goémoniers de l'île aux Moines

De 1895 à 1995, des habitants de Plouguerneau et de l'île de Batz sont venus dans les îles du Trégor pour ramasser des algues destinées à l'industrie pharmaceutique. Un film retrace leur histoire.

Témoignage

« Cela a débuté vers la fin du XIXe siècle, au moment de l'essor du tourisme à Perros-Guirec, quand des gens venaient de fort loin pour les « bains de mer », mais aussi pour la chasse aux macareux. Des Allemands se sont aperçus que des algues de leur nom scientifique Chondus crispus qui servaient de gélifiant dans l'industrie sous le nom de E107, abondaient sur nos côtes », explique Brigitte Lévêque, présidente de l'association « Sept îles 2 000 ».

Dès lors, des habitants du pays Pagan et de l'île de Batz ont pris l'habitude de venir tous les étés ramasser ce qu'ils appelaient le lichen, particulièrement entre l'île aux Moines et l'île Plate.
Deux tonnes récoltées par jour et par famille
Jean-Paul Le Bars, premier président de l'association, a connu dans sa jeunesse Pierre Senant, l'un de ces « lichenneurs ». Il a eu l'idée de faire un film qui a été réalisé par Michel Bourdon. Projeté gratuitement le 6 juin par les membres de l'association, ce film témoigne de la vie très dure que menaient trois familles pour récolter (par famille) environ 2 tonnes d'algues par jour.
Six semaines en autarcie sur l'île aux moines
Durant son enfance, dans les années 60, Pierre Senant raconte que toute la famille embarquait depuis Batz : « Il ne fallait rien oublier : ni le cheval, ni les pommes de terre, ni le sel, ni le poivre pour aller passer 6 semaines sur l'île aux moines. On dormait dans la cabane,(ancienne caserne du « Fort Vauban »), et dès que le coefficient était suffisant, on descendait tous avec nos sacs pour les remplir de goémon. Il fallait tout remonter jusque sur l'île où on mettait le goémon à sécher. Ensuite, on le transportait jusqu'à terre où on faisait peser notre récolte. Et puis, c'était transporté en camion jusqu'à Cherbourg. Après quoi, cela servait à l'industrie pharmaceutique et à l'agroalimentaire. »
Encore, Pierre Senant a-t-il connu cela avec des bateaux à moteur, mais ses grands-parents le faisaient à la voile. « Mon grand-père est mort d'une crise cardiaque sur l'île Tomé en ramassant des algues : son corps a été rapporté sur Batz en voilier... » explique-t-il. C'était une vie très difficile comme l'illustre ce qui arriva à sa mère : « une nuit, ma mère qui était enceinte a perdu les eaux sur la grève : elle a été ramenée à Batz où elle a accouché ».
La nuit, en particulier, c'était dangereux et on apprenait très tôt aux enfants à reconnaître le son particulier de cette algue quand on l'arrache et à se repérer ainsi. Malgré tout, Pierre et sa jeune femme Josée décident de poursuivre l'aventure et achètent un bateau en 1971, le Saint-Françoisqui sera remplacé plus tard par le Fleur de lys. « Nous ramenions notre récolte tous les soirs à Ploumanac'h pour le faire peser et le vendre à Mme Jobic ». Et puis, en 1995, après une saison particulièrement difficile, Pierre décide d'arrêter et de vivre de la pêche autour de l'île de Batz.
Vendredi 6 juin, projection à 18 h, au club des navigateurs. Gratuit.

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