lundi 4 août 2014

île de Batz: an Prigent. Le bonheur est à Batz

http://www.letelegramme.fr/bretagne/jean-prigent-le-bonheur-est-a-batz-22-07-2014-10268129.php

À un quart d'heure en bateau de Roscoff, Batz est la plus agricole des îles bretonnes. Dans cette oasis finistérienne, Jean Prigent, 80 ans, vit une retraite active tournée vers le tourisme. Auparavant, il a été l'un des pionniers de l'agriculture biologique sur l'île.
« Prenez ces vélos. Le prix indiqué, c'est pour une heure de location. Mais si vous revenez dans une heure et demie, je ne vous dirai rien. Au fait, avez-vous un plan de l'île ? ». Avec un grand sourire, Jean Prigent accueille les premiers touristes du matin. C'est dans le jardin de sa maison près de l'église que le dynamique et chaleureux octogénaire tient sa petite entreprise de location de bicyclettes nommée « Roulez jeunesse ». Dans la grande bâtisse d'à côté, une belle maison ancienne, il tient aussi avec Marie-Pierre, son épouse, des chambres d'hôtes. En cette fin de mois de juin, la maison affiche complet. « On loge en ce moment dix personnes. Elles viennent de toute la France. Ce sont des assidus. Ils se sont connus ici et depuis, chaque année, ils se donnent rendez-vous à l'île de Batz ».

Des légumes de toutes sortes 

La veille au soir, Jean et Marie-Pierre ont convié tous leurs hôtes, devenus des amis, au traditionnel dîner des retrouvailles, avec au menu une belle platée de coques pêchées sur le continent. Anciens agriculteurs, les deux époux ont lancé leur activité touristique il y a tout juste 20 ans, quand l'heure de la retraite est arrivée. « Marie-Pierre tenait à conserver la maison héritée de ses grands-parents. Et moi, il me fallait de l'occupation. On aurait aimé que les enfants reprennent l'exploitation mais comme on les avait poussés à faire des études, ils avaient choisi une autre vie ». Néanmoins, le fils des Prigent est revenu sur l'île, il y a 15 ans, pour y ouvrir une crêperie. Tailleur de pierre de formation, Jean Prigent est un bricoleur de talent. Il a réalisé lui-même une grande partie des travaux de rénovation. « J'aime bien casser, réparer. L'électricité, le travail du bois, de la pierre : je suis un touche-à-tout ». La vie des Prigent a été largement consacrée à la mise en valeur des terres fertiles de l'île de Batz qui jouit, grâce au Gulf Stream, d'un climat d'une extrême douceur. Toute leur carrière, ils ont fait pousser toutes sortes de légumes : pommes de terre primeur - la grande spécialité de Batz -, choux-fleurs, salades, fenouil, carottes, poireaux, endives, crosnes... « Faire de l'agriculture à Batz, c'était le bonheur. On n'a jamais chômé mais on aimait ce qu'on faisait. Notre plaisir, c'était d'innover et de cultiver des produits différents pour améliorer le revenu, raconte Jean, l'un des premiers îliens convertis à l'agriculture biologique. « On s'est mis au bio car toutes les conditions étaient réunies. Il n'y a pas de porcherie, pas de poulailler, pas de serre sur l'île. Et on ne voyait pas l'intérêt de s'embêter avec des traitements alors que la plupart de nos cultures n'en avaient pas besoin ». Aujourd'hui, la moitié des 150 hectares de terres agricoles de Batz est travaillée par des agriculteurs biologiques.

Le goémon sinon rien 

La grande particularité de la petite île finistérienne, c'est l'usage du goémon en tant que fumure. Bio ou conventionnels, les producteurs le répandent en avril et en automne dans les champs. C'est cette précieuse algue riche en azote, potasse et oligo-éléments qui donne aux légumes de Batz leur saveur iodée si particulière. Jean Prigent se souvient de toutes les péripéties qui ont émaillé le passage au bio. « Le contrôleur bio pensait qu'on n'avait pas le droit d'utiliser du goémon. Nous avons mis beaucoup de temps à nous comprendre ». Il y a eu aussi le dur conflit entre les producteurs bio et le Cerafel, la puissante organisation économique des légumiers bretons au sujet des cotisations. « Il a fallu aller soulever le problème des droits de l'homme. On a fini par gagner notre procès ». Mise en place de réserves d'eau et d'un système d'irrigation, installation de haies pour protéger du vent, etc : Jean observe que l'agriculture a grandement contribué à façonner le paysage de l'île et à faire évoluer son économie. Mais pour l'ancien paysan, c'est surtout l'arrivée de la barge en 1979 qui a changé la face de l'île, en améliorant le transport des légumes vers le continent. « Elle a sorti la paysannerie de l'ornière. Sans la barge, il n'y aurait plus de paysan aujourd'hui.

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