lundi 13 octobre 2014

Résultat de ma veille sur l’observation des cétacés à Ouessant. Et récolte des observations d’autrui.

Par: Andréas Guyot, 2014.
Résumé :
L’article présente les résultats de mes longues veilles depuis la pointe de Kadoran afin d’observer des cétacés vivants à partir du rivage d’Ouessant. Ainsi qu’une récolte des différentes observations par des témoignages oraux depuis l’ouverture de la station ornithologique en 1984. Ce qui représente un total de 10 cétacés.

Avertissement :
Ce que je vous livre, est le résultat d’une passion, d’un témoignage de terrain, je suis un autodidacte de 66 ans passionné par le visuel et l’émotion que me procurent les cétacés. Je vous le présente comme je l’ai vécu et analysé avec des réflexions, des doutes, de part mes expériences naturalistes et mes lectures.

Présentation :
Tout commence donc en 1985 lorsque je découvre l’existence de la station ornithologique (aujourd’hui CEMO), ouverte un an plus tôt. Il me faut attendre 1986/1987 pour observer mes premiers cétacés, des dauphins communs trouvés par 4 Danois lors d’une séance d’observation d’oiseaux marins en migration.

Ma joie fut immense car comme beaucoup d’enfants j’aimais les dauphins étant jeune, c’était pour moi une découverte que d’en voir en vrai dans leur milieu naturel et devant le phare du Créac’h.

J’ai donc multiplié les veilles au pied de ce phare mythique certes pour observer les oiseaux marins mais avec l’espoir d’y voir des cétacés. De toutes ces années jusqu’en 2010, je observé depuis ce lieu des grands dauphins et des dauphins communs, mais aussi un requin pèlerin.

De son côté, Yvon Guermeur le directeur du centre allait observer l’avifaune à la pointe de Kadoran, avec son véhicule, et il voyait aussi des cétacés. Toutes ces informations étaient relatées le soir au moment du LOG. (Réunion où chaque naturaliste transmet ses observations).

Pour nous qui n’étions qu’en vélo, il était plus commode de retourner le lendemain au Créac’h à 500m du centre ornitho, d’autant plus qu’il nous fallait transporter la longue-vue, mais je le fis quelquefois, du centre à Kadoran aller-retour il y a 14km. Néanmoins j’ai prospecté sur les différentes pointes de l’île.
Depuis 3 ans afin d’être au plus près de Kadoran, je loge à l’auberge de jeunesse en haut du bourg.

Récolte des observations : 1984/2014.
Lors de toute collecte d’observation, il se pose l’éternel doute de la viabilité des dites informations, comme c’est trop souvent le cas, les photos y sont absentes.
Quasi toutes les données récoltées l’ont été lors des séances d’observations au cours du suivi migratoire des oiseaux marins depuis le rivage nord d’Ouessant.  

- Globicéphale noir : (sans nom d’observateur).  S’il est incontestable de ne pas nier sa présence en mer d’Iroise, photo dans le goulet de Brest (François de Beaulieu 1994, p 50), (Hussenot. Prieur 1984, p 32), l’espèce semble avoir un statut trop optimiste qualifié d’abondant. (Océanopolis 2000, p 11).
- Dauphin de Risso : en 2000 par Alain de Broyer.  
- Petit rorqual : une observation d’un saut par Eric Mathieu lors d’une pêche.
- Rorqual commun : par Yvon Le Corre, dans l’ouest d’Ouessant lors d’une sortie en mer pour observer les oiseaux marins.
- Orque : observation de 4 orques à Kadoran en 89/90 par Jean-Laurent Lucchesi.
- Cachalot : une observation par Hervé Darmendieu. Puis celle du samedi 20 octobre 2012 à Kadoran puis au Créac’h, par un couple de Lyonnais vers 10h, alors que je prenais le bateau à 11h30 ce même jour. 

À la lecture des différents articles dans la bibliographie que je possède, il semble que seul Ouessant concentre autant de données de cétacés vivants, en mer d’Iroise mais aussi en Bretagne, c'est-à-dire 10 espèces de cétacés en 30 ans de présence naturaliste 1984/2014. Cela me semble dû à la situation morphologique de l’île avec ces fonds abrupts proches du rivage.

Environ vingt espèces de cétacés ont été observées au moins une fois en Bretagne. (Océanopolis 2000, p 9). Le point visuel autour d’Ouessant en concentrait donc 50%, ce qui est très important.

Résultats de mes postes de veilles
Pyramide du Runiou : depuis ce site j’ai observé des gros groupes de Dauphins
+ 100 pour les dauphins bleu-blanc
+ 200 pour les grands dauphins.
Ce site présente un gros problème, il est situé à contre jour, en plein Sud-ouest et il est très fatiguant pour la vue à cause de reflets sur la mer, je l’ai vite abandonné.

Penn-Arland à la croix de Saint Pol : ce site serait assez bien placé, s’il n’y avait pas les puissants courants marins qui gênent considérablement l’observation à cause du clapot. Je n’y ai fait que de trop rares observations.

La pointe de Kadoran : c’est véritablement de ce point au nord-est d’Ouessant que j’ai commencé mes observations depuis 2011 et 2012. J’ai donc effectué des veilles très importantes en nombre d’heure de 10h à 12h et de 15h à 17h, pendant deux semaines soit autour de 60h par année.

Pourquoi 2011 et pas avant, parce que j’étais en manque de cétacé. C’est en effet en 2010 que les stages de découverte des cétacés pendant « La croisière de baleines » que j’avais créé et organisée depuis 2000 ont pris fin à cause de la suppression de la ligne de ferry de la P&O, (une compagnie anglaise) entre Portsmouth et Bilbao.

Dès 2013 j’ai modifié mes horaires afin d’avoir une plus large amplitude d’observation de 10h à 17h voir 18h en fonction de la météo et cela pendant 10 jours soit autour de 70h par année et j’ai poursuivi cet horaire en 2014 afin de compenser les délais de stationnement sur le parking du Conquet qui ne me permettent plus de rester 15 jours sans changer ma voiture de place.

Résultat des mes observations après 260 h de veille.
- Le dauphin commun autour d’Ouessant est vraiment très abondant, puisque les observations sont quasi journalières depuis la pointe de Kadoran, avec quelques fois des groupes de 200 à 250 ind, mais plus régulièrement des sous groupes de 25 à 50 dauphins.
J’ai pu analyser qu’il y avait une interaction entre la pêcherie du Bachou et la présence des dauphins communs lors du jusant de la Manche, cette zone de haut fond au large de l’île Keller est une source importante d’alimentation pour eux, comme elle l’est aussi pour les fous de Bassan avec souvent des centaines d’oiseaux, voir jusqu'à plus d’un millier, mais aussi des labbes, puffins et laridés.

- Le marsouin commun (2 ind) est toujours observé et uniquement par mer calme dans la baie de Porz Glas et allant au-delà de la roche d’Ar C’haor, vers la baie de Toull Aoroz.

- Le grand dauphin (hormis Randy) est observé en groupe entre 15 et 20 ind, passant devant Kadoran pour aller pour un grand moment dans la baie de Béninou.

À ce sujet en ayant lu très attentivement Les Mammifères Marins de Bretagne (Océanopolis 2000, p 33 & 58) il est écrit que les populations de Sein et de l’archipel de Molène ne se mélangent pas.
Je suis donc incapable de dire si les grands dauphins de Kadoran/Baie de Béninou sont ceux de l’archipel de Molène. Sans embarcation il m’est impossible d’effectuer de la photo-identification dans la baie de Béninou, d’autant plus qu’ils présentent une activité très réduite qui s’apparente à celle du repos  (Océanopolis 2000, p 83).
La situation de grand dauphin autour d’Ouessant est peu connue dans la littérature, seulement deux observations en 1978 et 1980 (Hussenot 1980).

Mon objectif en 2013 et 2014 était d’observer des globicéphales noirs décrits comme abondant dans les cahiers naturalistes de Bretagne : (Océanopolis 2000), mais je n’en ai toujours pas observé, c’est dommage car c’est une observation anonyme que j’envisageais de balayer.
L'observation est envisageable car comme l'écrit (Eric Hussenot: 1979). "Comme pour le dauphin commun, la présence du Globicéphale dans les eaux côtières pourrait résulter d'un facteur alimentaire. La sardine se trouve en juin en Baie d'Audierne et jusqu'en Octobre en Baie de Douarnenez, ce qui correspond à nos maxima d'observation en mer".

L. Soulier via I. Castège et G. Hemery 2009, dans Oiseaux marins et cétacés du golfe de Gascogne, au chapitre ; Répartition des cétacés communs, page 155, conclut : "Le globicéphale noir est une espèce grégaire vivant au large", et son tableau des observations présente l’espèce en limite du plateau continental. Ce qui correspondrait plus à l’absence d’observation après 260h de veille à Kadoran.

Si j’ai observé certes une fois des dauphins bleu-blanc depuis dans le sud au Runiou, je n’en ai jamais vu depuis le nord à Kadoran avec certitude, Jean-Claude Hänggeli qui m’a rejoint en 2013, a émis ce doute et seule une photo pourra permettre la présence certaine.
À ce jour et après 260 heures de veille à Kadoran, seulement 3 espèces de cétacé  ont été observées. C’est dire si la tâche est ardue et demande de la volonté. 

Pourquoi choisir toujours cette période de fin septembre et début octobre ? Parce qu’elle correspond à la migration des grands cétacés. Je tiens cette expérience de mes stages sur dix années d’observation depuis la ligne de ferry passant au large d’Ouessant. Du ferry j’avais observé un petit rorqual avec en Ouessant en fond, l’espoir fait vivre de l’observer depuis l’île.

La situation d’Ouessant à 22 km en mer semble permettre d’observer des grands cétacés pélagiques quasi impossibles d’observation le long du littoral côtier du continent, d’autant plus que les fonds devant Kadoran sont très vite à plus de 70m, donc plus favorable pour eux, alors qu’ils ne dépassent guère les 50m dans l’archipel de Molène.
À la lecture de l’étude d’Océanopolis (2000, p 34) Ouessant a été séparé de la zone d’étude de l’archipel de Molène, ce qui est scientifiquement compréhensif.

Alors est-ce que cette veille, quoique si faible par son amplitude dans le temps d’une année civile, peut nous enrichir sur la connaissance migratoire des grands cétacés devant Ouessant ? La question est posée en d’autres termes ; (Océanoplolis 2000, p 88).
La récolte des 6 observations par autrui de cétacés vivants me motive dans ma passion du regard vers le large afin de découvrir cette migration au large de Kadoran.

Bibiliographie
Castège I., Hémery G. (coords), 2009. – Oiseaux marins et cétacés du golfe de Gascogne. Répartition, évolution des populations et éléments pour la définition des aires marines protégées. Biotopes, Mèze ; Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 176 p. (Collection Parthénope).

De Beaulieu F., Hussenot E., Ridoux V. 1994. – Mammifères Marins de nos côtes.
Chasse-Marée/ArMen ; Abri du marin, Douarnenez, 136 p. (Collection La nature et les hommes).

Hussenot E. 1979 – Observations en mer et échouages de quelques petits cétacés en Bretagne. Penn ar Bed 96 : 11 – 32.

Hussenot E. 1980 – Le Grand Dauphin Tursiops truncatus en Bretagne. Penn ar Bed 103 : 355 – 380.

Hussenot E., Prieur D., 1984. - Mammifères et oiseaux de nos côtes. Editions maritimes & d'outre-mer, Paris. 191 p. 

Ridoux V., Liret C., Creton P (†)., Hassami S. 2000. – Etudes et conservation des mammifères marins de Bretagne. Biotopes, Mèze ; Laboratoire d’étude des mammifères marins-Océanopolis. Région Bretagne, 144 p (Collection Les cahiers naturalistes de Bretagne).
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Diversité des cétacés dans le golfe de Gascogne:
http://dauphinouessant.blogspot.fr/2014/08/sur-la-diversite-des-cetaces-dans-le.html

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