dimanche 22 mai 2016

Sauvetage. Des retrouvailles émouvantes

Le 4 janvier 1962, un chalutier étellois, le « Vierge de la mer », faisait naufrage au large d'Arlan. L'un des rescapés, Raymond Le Gossec, a retrouvé sur l'île celui qu'il appelle son « sauveur », Jean-louis Thirion, qui avait dix ans à l'époque. « Nous étions neuf à bord et faisions route vers la mer d'Irlande. À quatre heures du matin, on a été réveillé par un choc, le bateau avait heurté une roche. Un jeune dormait encore, je l'ai tiré, on a mis le canot et le bombard à l'eau et on a sauté ». Cette nuit-là, le gardien du phare de Kéréon a bien vu un feu du côté d'Arlan mais a cru qu'il s'agissait d'un bateau qui allait mouiller dans le port.

« J'avais 23 ans j'étais plein d'énergie »


C'est le sémaphoriste du Créach, prévenu par radio, qui alerte la Société de sauvetage d'Ouessant. Il est 5 h 15. Le canot de sauvetage Patron François Morin est dépêché vers Arlan. Mais entre-temps, le chalutier s'est cassé en deux et a coulé par l'avant. Sur le bombard, une vague emporte le capitaine. Raymond Le Gossec parvient à l'attraper. « Nous l'avons remonté à trois. Après, nous avons ramé jusqu'à la côte ». Sur la grève se dresse une falaise.
Comme il porte des bottes, Raymond Le Gossec est chargé d'aller chercher du secours. « J'avais 23 ans, j'étais plein d'énergie, j'ai escaladé les rochers et marché longtemps ». Dans la nuit, il frappe à une première maison, personne n'ouvre. Il poursuit, trouve une autre maison cette fois éclairée et frappe à nouveau.

Neuf marins et une bouteille de rhum


Jean-Louis Thirion raconte : « Je me rappelle que c'était un jeudi. Exceptionnellement, il y avait école ce jour-là. Je venais de descendre à la cuisine, il devait être 6 h. On a frappé à la fenêtre puis à la porte. J'ai ouvert : il y avait un homme, trempé, en bottes. J'ai eu très peur et j'ai appelé mon père qui est parti chercher le voisin et une bouteille de rhum ». C'est donc bien accompagné que Raymond Le Gossec retrouve ses compagnons sur la grève pour les ramener chez les Thirion. « J'étais déjà parti pour l'école quand ils sont revenus », se rappelle le petit garçon de l'époque. « En rentrant, je n'ai vu que leurs brassières ». Des années plus tard, après la mort du patron du « Vierge de la mer », l'idée de revenir à Ouessant a germé dans l'esprit de Raymond Le Gossec. Le 10 mai dernier, il y est revenu pour la troisième fois et a retrouvé, dans la maison même où il avait frappé 54 ans plus tôt, celui qui lui avait ouvert la porte.
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