samedi 20 août 2016

À Ouessant, ils veillent sur la mer depuis 150 ans

Redoutée pour ses côtes inquiétantes, l'île a été l'une des premières à être dotée d'une station de sauvetage. Les moyens ont beaucoup évolué mais, l'ADN des sauveteurs reste le même : humilité et courage.

L'histoire
Hérissées de cailloux, traversées par des courants violents, souvent noyées dans la brume... les côtes d'Ouessant n'ont pas bonne réputation auprès des marins. Un adage résume bien la situation : « Qui voit Ouessant, voit son sang... » Rien d'étonnant à ce que l'île ait été l'un des premiers lieux à accueillir une station de sauvetage, à Lampaul. C'était il y a 150 ans tout juste.
« À cette époque, la navigation de transport de marchandises, mais aussi de passagers, connaît un développement très important », raconte le maire, Denis Palluel. Logiquement, le nombre de naufrage augmente lui aussi.
S'ils sont légion en mer d'Iroise et il faudra un événement particulièrement dramatique pour que soit finalement créée, le 12 février 1865, par l'amiral Rigault de Genouilly, la Société centrale de sauvetage des naufragés, SCSN (1). Dix ans plus tôt, la frégate française La Sémillante coulait au large de l'archipel des Lavezzi, au sud de Bonifacio (Corse), avec à son bord 702 hommes.
Le sauvetage du Vesper
Un an après Audierne et Saint-Malo, et un an avant Le Conquet et Sein, voilà Ouessant qui reçoit son premier canot de sauvetage. Rien à voir avec les bateaux motorisés et équipés modernes.L'Anaïs est une petite baleinière à rames de 9,78 m de long, propulsée par dix avirons. Remisée au fond du port de Lampaul dans une maison-abri, elle est d'abord mise à l'eau par la grève, au moyen d'un chariot.
Pour autant, « L'Anaïs a bravement fait ce qu'elle pouvait faire », comme le raconte en 1938 le commandant Cogniet, chef du service de l'inspection de la SCSN, lors du baptême, en grande pompe, des canots motorisés Amiral-Rigault-de-Genouilly et Ville de Paris. C'est grâce à elle, notamment, que sont sauvés, en 1903, 21 marins du cargo Vesper (lire ci-dessous).
Concurrence ?
Plus tard, une cale sur laquelle sont installés des rails - pour le chariot - permet un lancement plus rapide du canot. « Mais par tempête du sud-ouest, il était impossible à un canot à rames de sortir de la baie de Lampaul », poursuit le commandant Cogniet dans son discours de 1938.
Ces contraintes justifient la création, en 1884, d'une autre station au Stiff. Elle fermera en 1953.
Dans son discours des festivités des 150 ans, le 6 août dernier, Denis Palluel note que « peut-être ces hommes avaient-ils la volonté de surveiller nos voisins d'à côté, ou de chasser sur les eaux molénaises, car le dévouement n'était pas incompatible avec un certain esprit de concurrence, pour ne pas dire plus... »
François, Auguste et les autres
De « lourds investissements », selon le chef du service de l'inspection de la SCSN, permettront ensuite d'allonger les cales, d'agrandir les abris, d'y installer des treuils à moteurs. Dans l'entre-deux-guerres, les canots à rames ont, en effet, été améliorés grâce à une petite voile et un moteur à essence.
Mais les infrastructures ne sont rien sans les personnes qui les utilisent. « Tous ces bénévoles n'ont jamais hésité, de jour comme de nuit, par belle ou mauvaise mer, à sacrifier leur temps et à prendre des risques pour sauver d'autres êtres humains », soulignait encore Denis Palluel.
Il cite bien sûr François Morin, dont un canot porte le nom (lire ci-dessous). Mais aussi, plus récemment, Auguste Perhirin et Joseph Grunweiser, « dont le visage buriné est présent sur tous les troncs de la SNSM de France ».
Leurs exploits font partie de la mémoire collective ouessantine.
(1) En 1967, la Société centrale de sauvetage des naufragés et la Société des hospitaliers sauveteurs bretons fusionnent pour donner naissance à la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM).

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