mercredi 14 décembre 2016

Sein. L'île aux belles plages perchées.


Ne dites pas au géologue que Sein est un caillou. Il y voit des montagnes himalayennes, des coulées de magma, des plages perchées. Les agents du Parc marin d'Iroise ont appris cette semaine à lire la pierre et le paysage avec le géologue Yves Cyrille. Le potentiel pédagogique de l'île intéressera les visiteurs en quête de sens. Le grand public y aura aussi accès grâce à l'association Radooo.

« Ici, quand on creuse dans les jardins, on tombe sur une plage de galets du quaternaire ». Yves Cyrille regarde des remblais déposés en front de mer. On y distingue des petits galets dans une masse de sable argileux. Ils viennent effectivement du creusement de fondations dans une zone bâtie voisine. Ici, quand on creuse, on remonte le temps sur un million d'années. Ce jeudi, le directeur de la Maison des minéraux de Crozon, géologue émérite, anime une formation à la géologie pour les agents de l'antenne douarneniste du Parc marin d'Iroise. Écouter Yves Cyrille c'est entrer dans un monde de montagnes himalayennes, de fleuves de lave, de plages perchées. Un monde qui affleure sur le caillou plat de Sein. Pour les agents du parc, la formation « géologie » répond à plusieurs objectifs, dont la transmission des connaissances. La lecture des paysages est donc importante. Raconter l'histoire des minéraux demande de la pédagogie et quelques connaissances de base. D'autant que le Parc marin est aussi partenaire de la Réserve naturelle géologique créée fin 2013 par la Région sur la Presqu'île de Crozon.

Belles plages suspendues

De formation scientifique, les agents du parc s'efforcent de suivre les explications d'Yves Cyrille qui a l'art de s'adapter à son public. Ses élèves aimeraient pourtant être dans sa tête pour visualiser les paysages et les mouvements qu'il décrypte et décrit à partir de grains dans le granite. Le géologue arrive à faire comprendre la présence de cet énorme bloc en équilibre, tout comme ces rangs de petits galets insérés dans l'argile d'une coupe du rivage attaqué par la mer. « En période glaciaire, le volume des calottes de glace augmente, le niveau marin baisse.

En période de réchauffement, elle fonde partiellement et les masses océaniques se développent. Ici, on a des plages qui témoignent de ce niveau plus élevé qu'aujourd'hui. C'est ce que l'on appelle des plages perchées. On en retrouve un peu partout sur le littoral breton mais, à Sein, elles sont très belles ». « Pour nos interventions devant les scolaires, nous pouvons ainsi faire le lien entre le passé et le débat actuel sur le climat ». Olivier Gallet peut aussi passer un message sur la protection des sites sensibles et classés comme Sein, en rappelant le pouvoir de police des agents. Il est interdit de prélever des galets. « Il n'est pas rare de voir sur le continent des personnes qui remplissent leur coffre de voiture pour un projet de décoration de jardin, dit-il. Ça peut coûter cher ». Et sur une île exposée comme Sein, il est peu judicieux de les déplacer.

Des itinéraires thématiques


Ce jeudi, un îlien suit attentivement les explications. Ambroise Menou, adjoint au maire, a accueilli le groupe. C'est surtout en tant que président de Radooo qu'il est intéressé. Un des chantiers de cette association sénane en passe d'aboutir est l'édition d'itinéraires découverte de l'île pour donner du sens à la balade d'un jour des visiteurs. Ces fiches et fascicules sont réalisés avec l'aide des bénévoles de l?association : géologues, botanistes, ornithologues, écologistes marins, peintres et dessinateurs. Yves Cyrille n'a pas de doute sur le travail réalisé. Pour la géologie, c'est une sommité sénane qui est à la manoeuvre. Yves Fouquet, qui a été son professeur à la faculté de Brest, est géologue à Ifremer, spécialiste de la géobiologie des milieux extrêmes des grands fonds océaniques. Le petit espace îlien ouvre ainsi des perspectives insoupçonnées pour le visiteur qui peut comprendre le monde à partir de ce petit caillou.

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