samedi 25 février 2017

Une plante tueuse de frelons asiatiques découverte à Nantes.

Ces plantes carnivores, originaires d'Amérique du Nord et qui n'ont donc "jamais vu de frelons avant", ont "inventé un piège très sélectif". 
AFP GEORGES GOBET

VIDÉO – Le Jardin des plantes de Nantes a découvert que la plante carnivore "Sarracenia" piège les frelons asiatiques mais pas les abeilles ni les guêpes
Des plantes carnivores capables d’attirer et de tuer en quantité des frelons asiatiques ? C’est ce qu’a mis au jour le Jardin des plantes de Nantes, une découverte qui intéresse les scientifiques à la recherche d’une arme de destruction massive de cet insecte, fléau des apiculteurs.
En ouvrant au hasard l’une des feuilles au capuchon pourpre de la plante carnivore "Sarracenia", Romaric Perrocheau, directeur du Jardin des plantes, s’exclame : "Là, c’est du frelon asiatique ! Il est vraiment bien gros, légèrement orangé. La plante, on voit qu’elle n’arrive pas à digérer l’aile", décrit-il.
http://www.sarracenia.fr/sarracenia_culture_details.htm
Attiré par le nectar et les phéromones situés sur la lèvre de la plante, le frelon à pattes jaunes a plongé dans le long tube de la feuille, puis a "perdu pied et glissé dans le toboggan, et est resté piégé au fond où il a été mangé par des sucs digestifs", explique Romaric Perrocheau.

Trois frelons asiatiques par plante

Si ces plantes carnivores sont installées depuis 2010 dans une tourbière d’environ 30 m2 du Jardin des plantes, ce n’est qu’à l’automne dernier qu’un jardinier botaniste, Christian Besson, s’est rendu compte que les frelons asiatiques étaient attirés par les sarracénies, en les trouvant "assez facilement dans les urnes" (les feuilles, ndlr) lors de visites au public.
Étonné de cette découverte, Romaric Perrocheau décide d’étudier avec un entomologiste du Muséum d’Histoire naturelle le contenu de 200 urnes. Chacune contient "en moyenne trois frelons asiatiques et trois mouches, mais jamais aucune guêpe, aucune abeille, aucun frelon européen", affirme le directeur du Jardin des plantes. Ces plantes carnivores, originaires d’Amérique du Nord et qui n’ont donc "jamais vu de frelons avant", ont "inventé un piège très sélectif", se réjouit-il.

Quel impact pour cette découverte ?

Mais "on est loin d’éradiquer les frelons asiatiques", chaque "Sarracénia" contenant "dix à quinze urnes et pouvant attirer jusqu’à 50 insectes. Dans un nid de frelons, c’est 4 000 individus", souligne Romaric Perrocheau.
"La découverte est intéressante, mais on ne sait pas pour l’instant si c’est une découverte majeure ou mineure", tempère aussi Éric Darrouzet, enseignant-chercheur à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte (IRBI) de l’Université de Tours, qui coordonne depuis 2011 des projets de recherche sur le frelon asiatique.
Contacté par le Jardin des plantes, le biologiste et son équipe sont "en train d’examiner les molécules libérées dans l’atmosphère par la plante pour voir quelles odeurs attirent le frelon (…). Capturer ces molécules et les identifier au niveau chimique n’est pas un travail simple et peut prendre une semaine ou un an".
Eric Darrouzet "espère" trouver dans la plante "une super molécule attractive" qui pourra être utilisée comme "appât" pour le prototype inédit de piège 100% sélectif qu’il teste actuellement à Tours et qui devrait être commercialisé dès 2016.

Encore aucun moyen d’éradication

Observé pour la première fois en 2004 dans le Lot-et-Garonne, le "Vespa velutina nigrithorax", originaire de la région de Shanghaï (Chine), a colonisé depuis plus de 70% du territoire national, et a essaimé aussi "dans le nord du Portugal, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Belgique".
Ce prédateur, qui attaque tous les autres insectes, les ruches, mais aussi l’homme, est "capable de construire son nid n’importe où, dans des cavités souterraines, des buissons, au sommet d’arbres de plus de 30 m de haut, etc. On ne sait pas encore repérer les nids et les détruire", ce qui explique en partie sa croissance exponentielle, poursuit Eric Darrouzet.
En attendant l’avancée des recherches scientifiques, la Sarracénia, facile à cultiver et ne présentant "aucun risque de propagation dans la nature", peut être installée "sur des zones de protection, près des ruches", note le directeur du Jardin des plantes.

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