jeudi 27 avril 2017

Quéménès. Les Robinson quittent leur caillou.

http://www.letelegramme.fr/bretagne/quemenes-les-robinson-quittent-leur-caillou-27-04-2017-11490764.php#closePopUp


Dix ans après avoir investi leur petit bout de terre dans l'archipel de Molène, Soizic et David Cuisnier vont quitter l'île de Quéménès à la fin de l'année. La fin d'une belle histoire, trait d'union entre écologie, agriculture et partage.


L'aventure aura duré dix ans. Une décennie pendant laquelle Quéménès, petite île au large du port du Conquet (29), a repris vie. Jadis tas de ronces et de friches, le bout de terre en mer d'Iroise a fait le tour du monde, preuve que l'activité humaine est conciliable avec un milieu naturel protégé. Un pari loin d'être gagné lorsque Soizic et David Cuisnier, sélectionnés après un appel à projets, s'y installent au printemps 2007. Une décennie insulaire plus tard, le couple (devenu une famille avec l'arrivée de deux enfants) va quitter l'île à la fin de l'année. « Cela a a toujours été clair que l'on partirait un jour, mais évidemment, il y a un gros pincement au coeur », admet Soizic, mèches blondes, coupe-vent et crocs rouges aux pieds. Sur leur caillou d'à peine trente hectares, ils vont laisser une belle tranche de vie. Ceux qui étaient simplement venus en Bretagne pour leurs études ont fondé une famille, monté une entreprise viable, fait des milliers de rencontres avec leur maison d'hôtes et ont fini par se fondre dans le paysage : un cadre préservé qu'ils connaissent aujourd'hui comme leur poche.

Laboratoire du développement durable


Si leur histoire est devenue possible, c'est d'abord grâce à l'impulsion du Conservatoire du littoral, organisme public propriétaire des lieux, qui a lancé le projet colossal « d'île durable » en 2003. Après une série de travaux où sont installés, entre autres, une petite éolienne et des panneaux solaires, Quéménès devient un laboratoire du développement durable. Un confort qui permet à la petite famille de vivre dans la durée. « On nous a beaucoup collé l'étiquette de Robinson mais lui, n'avait pas internet sur son île ! », souligne le couple avec malice. « Ce n'est pas une vie d'ermites mais une vie d'échanges », insiste David, force tranquille aux yeux verts, qui rappelle que depuis leur île, on aperçoit le continent et même le phare du Stiff, à Ouessant, quand le ciel est dégagé. Pour autant, les hivers sont rudes à Quéménès. « C'est un joyau, mais difficile à habiter », note le député Jean-Luc Bleunven, qui connaît bien le projet établi sur sa circonscription. « La famille s'est beaucoup investie, l'insularité amène des contraintes qui n'existent pas sur le continent », poursuit celui qui a plaidé leur cause auprès de la direction du Conservatoire du littoral. Celui-ci souhaite remanier les termes du projet depuis peu. Décision qui a conduit les Cuisnier à partir.

« Les règles du jeu ont changé »


Un point final un peu abrupt pour les locataires de Quéménès, dont le départ est décidé depuis seulement quelques semaines. « On se voyait bien repartir pour plusieurs années, mais les règles du jeu ont changé ». Le noeud du problème ? Une redevance, dont le montant augmente. Volonté du Conservatoire de « ne pas créer de disparité avec ses autres sites ». « On travaille, on vit, on est content de ce que l'on fait mais on n'a pas envie de se battre. Cela fait dix ans qu'on donne notre temps et notre énergie à Quéménès, on veut penser un peu à nous aujourd'hui », explique le couple, las. La transition a commencé depuis deux ans, en décidant de rentrer l'hiver et une partie de l'automne pour que leurs enfants puissent aller à l'école, au Conquet.

Un nouvel appel à projet l'été prochain


En attendant, les quatre habitants de l'île ont du pain sur la planche. Avec la reprise début avril de la culture de pommes de terre, l'activité en maison d'hôtes et l'élevage d'agneaux, le travail ne manque pas. Sans compter la récolte d'algues de rives, domaine dans lequel ils se sont récemment spécialisés et vont se concentrer à l'avenir. « Aujourd'hui, on profite un maximum de Quéménès, avant de rendre les clés à la fin de l'année ». Avant un retour sur le continent, à seulement quelques kilomètres près du Conquet.
Quant à l'île, un nouvel appel à projets va être lancé dans le courant de l'été par le Conservatoire du littoral pour reprendre l'activité. En attendant, il reste des places jusqu'en juin pour visiter Quéménès. « C'est la meilleure période de l'année », souffle Soizic, tout sourire.

© Le Télégramme http://www.letelegramme.fr/bretagne/quemenes-les-robinson-quittent-leur-caillou-27-04-2017-11490764.php#jW36HL5YI97JqBzx.99

Aucun commentaire: