lundi 17 juillet 2017

Incendiaire d’Ouessant. Le long «suicide social» de Pascal Gosselin.

Pour les rares Ouessantins qui l'ont connu, le parcours de Pascal Gosselin, l'incendiaire qui a mis fin à ses jours mercredi au terme de plusieurs heures de folie sur l'île, ressemble à un long « suicide social ».

Il s'est assis, éreinté, sur un siège d'un bureau de la mairie, mercredi soir. « Cette journée d'hier (mercredi, NDLR), je la craignais ». Denis Palluel, le maire de Lampaul, l'unique commune de l'île d'Ouessant, a probablement vécu l'une de ses plus longues et dures journées d'élu. « Je savais qu'il n'y avait pas de solution de relogement sur l'île pour Pascal Gosselin. Il avait refusé celle sur le continent. Il y avait un risque que cela se passe mal...(l'expulsion de Pascal Gosselin programmée mercredi NDLR) ». Le maire avait rencontré à de nombreuses reprises l'incendiaire qui a mis fin à ses jours ce mercredi. « C'était quelqu'un de très solitaire, presque asocial. Il râlait pour tout ».

« Un grand ado »


Sur l'île, ce dernier coup de folie et son tragique épilogue a ravivé d'autres souvenirs. « Tout le monde repense aux deux propriétaires de Pascal Gosselin, qu'il ne payait plus, et qu'on a mystérieusement retrouvées noyées au bas d'une falaise, en mai 2016 », rapporte un habitant de l'île. « Une enquête a été menée à l'époque. Pascal Gosselin avait été entendu et la piste criminelle écartée. La gendarmerie avait conclu à un accident », tranche le maire d'Ouessant. Qui était vraiment Pascal Gosselin ? Ce géant (il mesurait pas loin de 2 mètres) avait noué peu de contacts sur l'île, depuis son arrivée au début des années 2000. 
L'un d'eux, Daniel Montbailly, directeur d'établissement médico-social à la retraite, livre un portrait très différent de ce « garçon très intelligent ». « Je l'ai connu en 2009 quand il est venu construire mes murs et le dallage extérieur. Il a fait un excellent travail, commence-t-il. Il était très secret. Je crois qu'il venait de Normandie. Il exerçait le métier d'électronicien. Il s'est installé ici en tant que tailleur et poseur de pierres. Il a signé quelques chantiers vraiment exceptionnels ». Pour Daniel Montbailly, Pascal Gosselin était « un grand ado », « un homme charmant, bien éduqué, et très cultivé ». « Mais il jugeait les lois injustes et ineptes. Il ne supportait pas les tracasseries administratives », ajoute-t-il.

Ses deux chiens en liberté


« Caractère entier », selon Daniel, il aurait eu des rapports difficiles avec plusieurs clients. "Certains renâclaient à payer. Il s'est trouvé au pied du mur, soumis à leur diktat", poursuit-il.« Il facturait cher et travaillait lentement, précise l'épouse du retraité. Mais il travaillait très bien, jusqu'à ses problèmes de santé ». Et puis, il y avait ses deux chiens. « Il leur vouait une affection sans bornes et les laissait en liberté, alors que ce n'est pas bien vu sur l'île avec les moutons, rapporte Daniel. D'ailleurs, il y a eu des problèmes. Mais lui estimait que les chiens devaient être libres, " comme les hommes " ». Pascal Gosselin ne fréquentait « aucune activité ouessantine ». Après ces incidents, il s'est isolé encore plus. 
« Il jouait beaucoup en ligne sur son ordinateur, reprend Daniel. Il fabriquait des avions et des drones. Il était aussi très sportif. C'était un adepte de kitesurf ». Il y a un an et demi, l'artisan rencontre de gros soucis de santé. « Il s'est fait très mal au dos et aux cervicales. Il a compris qu'il ne pourrait plus exercer son métier, ni faire de sport. C'est là qu'il a commencé à aller très mal ». Un autre incident, avec sa banque, précipite sa descente aux enfers. « Il aurait refusé de donner un justificatif d'identité. Cela a entraîné toute une procédure qui a abouti à un interdit bancaire ». En février dernier, Pascal Gosselin se présente à la banque. « Il avait ressassé tout ça et est arrivé à la conclusion que la banque lui séquestrait son argent. Il a voulu récupérer son bien. Il avait des dettes à l'épicerie. Il voulait régler tout ça. La guichetière s'est opposée. Il l'a agressée ».

« Il a tué Ouessant »


« En plein jour, à la vue de tous : c'était un suicide social, commente Daniel. Sur une île, tout se sait. Il a été catalogué dangereux. Et comme il n'était pas Ouessantin, il a été mis au ban. Pour moi, cela ne pouvait que se terminer par un départ ou un suicide ». Sans argent, Pascal vit « comme un reclus, un prisonnier, et dans une extrême pauvreté. Il n'avait aucun bien, aucun meuble. Juste ses deux chiens, des chats et deux grands aquariums avec des poissons ». 
Daniel a reçu Pascal Gosselin pour un repas, le 4 juillet dernier. « Il s'est mis à pleurer. J'ai tenté tout ce que j'ai pu pour le sortir de là. Il a été aidé aussi. Mais il se croyait persécuté, victime. Il est parti en réglant ses comptes. Il s'en est pris aux us et coutumes d'Ouessant, à ceux qui l'ont rejeté. Il a tué Ouessant ». Au terme de son périple incendiaire, Pascal Gosselin s'est installé face à la mer, adossé à un rocher, sur la pointe nord-ouest de l'île. Écouteurs sur les oreilles, il s'est entaillé les poignets et s'est poignardé.

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